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dimanche 1 janvier 2012

Israël : démocratie ou théocratie?

Tout le monde parle du danger - peu envisageable, mais possible et épouvantable - que l'Iran acquiert l'arme atomique pour «rayer Israël de la carte» comme le suggérait Mahmoud Ajmadinejad, son président aux yeux fous... Surtout si vous suivez l'actualité puisque l'Iran menace de bloquer le détroit d'Ormuz pour protester contre de nouvelles sanctions justement imposées parce que le pays ne collabore pas assez avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), chargée de veiller à la non-prolifération des armes nucléaires.

Mais outre cette pression externe, ce qui tiraille vraiment Israël et qui menace sa cohésion et son existence à moyen terme vient de l'interne. Il y a plusieurs manifestations de cette crise identitaire interne ces jours-ci : une jeune femme est comparée à Rosa Parks par les Juifs laïcs du pays parce qu'elle aurait refusé la ségrégation homme-femme imposée par les ultra-orthodoxes dans les autobus.

Ça fait plusieurs fois que je vous entretiens dans ce blogue de la complexité de l'identité juive. Est-elle uniquement religieuse? Bien sûr que non, puisque des millions de Juifs ne pratiquent pas ou même ne croient pas en Dieu. Ce sont les Juifs de culture. Puis, il y a tous ceux pour qui l'identité juive est d'abord religieuse, avec tout ce que cela implique en ce qui concerne le sens que l'on donne alors aux frontières comme aux lois du pays. Si vous êtes un «craignant Dieu», la Cisjordanie s'appelle la Judée-Samarie et il n'y a pas de compromis à faire avec «les arabes qui la réclament»... Et les lois du pays imposent la fermeture des commerces le jour du Sabat, ainsi que la ségrégation homme-femme...

Cette tension entre identité culturelle et religieuse est inhérente au projet sioniste, le nationalisme juif à l'origine de la création de l'État d'Israël. Certains ont traduit le livre-phare du sionisme de T. Herzl par «l'État juif»; d'autres ont plutôt intitulé le livre «l'État des Juifs». La différence d'interprétation en ce qui concerne la nature même de l'État israélien est révélée par cette ambiguïté dans les traductions du livre de Herzl.

Le problème aujourd'hui est que cette minorité de la population israélienne, que l'on peut rassembler autour du qualificatif de «fondamentalistes juifs» (ultra-religieux et colons radicaux combinés) et qui compose peut-être 15% de la population totale du pays, c'est une minorité de blocage. Contrairement à la majorité, ils ne veulent rien concéder aux Palestiniens, ils colonisent «sauvagement», c-à-d illégalement les terres palestiniennes pour ensuite bénéficier de la défense de l'armée... D'autres fois, ils attaquent des camps militaires israéliens chargés d'empêcher la construction de ces colonies sauvages.

Il ne faut pas oublier que Yitzhak Rabin, l'artisan de la «paix d'Oslo», a été tué par un activiste de cette branche radicale du sionisme. Et l'assassin de Rabin, qu'on ne devrait pas nommer, est aujourd'hui glorifié par cette minorité de blocage... On n'est pas sorti du bois... ou du désert!

Israël devra tôt ou tard trancher. Et c'est un débat existentiel !

Si Israël est une démocratie, elle devra mettre fin à son régime d'occupation militaire et concéder une partie de la Palestine historique aux Palestiniens. Si Israël est une théocratie, le pays continuera à plier devant les exigences excessives et tordues d'une minorité de fondamentalistes irrationnels et dangereux.

***
P.S. cliquez sur le titre pour en savoir plus...

mercredi 14 décembre 2011

Investiture républicaine: qui est le meilleur ami d'Israël?

La course à l’investiture du Parti républicain aux USA qui débouchera au terme des élections primaires à la sélection du candidat officiel à la présidence pour ce parti, est en train de virer à une sorte de concours absurde du genre: «qui est le meilleur ami d’Israël»…

«C’est moi, c’est moi», crient tous les candidats lors de leurs passages quasi-obligés devant les différents lobbys et médias juifs américains. Seul Ron Paul s’est pour le moment abstenu de cette surenchère en promettant de couper «toutes» les aides américaines à l’étranger !

Le dernier en lice est l’étoile montante Newt Gingrich (photo). Il a déclaré que le peuple palestinien est un «peuple inventé» pour ensuite promettre le déménagement de l’ambassade des USA en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

Ces deux déclarations ont bien sûr pour objectif de contenter un électorat mobilisé qui contribue financièrement aux campagnes de presque toute la classe politique à Washington. Ces intransigeants nient l’existence même de la réalité nationale palestinienne et cherchent à concrétiser l’annexion de Jérusalem-est par Israël. Ces puissants gravitant autour de l’AIPAC (American-israeli public affairs comitee) sont effectivement capables de faire et de défaire des carrières politiques (on comprend donc la surenchère des candidats républicains), mais leur action politique et leurs positions sont loin de favoriser une vie meilleure pour ce petit pays assiégé qu’est Israël… et surtout pour la grande majorité de ses citoyens!

Car il ne faut pas oublier qu’une forte proportion d’Israéliens sont modérés et favorables à la solution négociée de deux États : un juif et un palestinien, avec Jérusalem-ouest comme capitale pour Israël et Jérusalem-est pour la Palestine… Et quand je dis une «forte proportion», plusieurs enquêtes faites sur de longues périodes tendent à démontrer que c’est une majorité des deux côtés qui est prête à la coexistence pacifique.

On comprend donc que le conflit israélo-palestinien est en fait «capturé» par des minorités de blocage : le Hamas du côté des Palestiniens et la droite religieuse et ultra-nationaliste du côté des Israéliens…

À cela, il faut ajouter un blocage externe : celui de l’appui souvent indéfectible des États-Unis à Israël par l’entremise de la droite religieuse et du lobby juif américains, fortement mobilisés en faveur de l’expan-sionisme (jeu de mot) israélien…

Le ballet du «meilleur ami d’Israël» qui se joue présentement au sein des candidats à l’investiture républicaine est néfaste pour la sécurité même d’Israël et des USA. Il est irresponsable et dangereux.

Cela se fait au détriment de la stabilité et de la paix pour toute une région, et plus directement encore pour ceux que l’on prétend défendre: les citoyens d’Israël qui, en grande majorité, recherchent la paix.

mercredi 30 novembre 2011

Guy Delisle à Jérusalem

Chroniques de Jérusalem vient de sortir en librairie.

Je vous renvoies à ce lien et au journal Le Devoir d'aujourd'hui pour que vous plongiez comme je le fais ces temps-ci dans l’œuvre de Guy Delisle, ce bédéïste d'origine québécoise qui s'est promené un peu partout pour rendre compte de son quotidien pas si ordinaire. Le personnage central est un genre de «Paul» qui dessine des carnets sur ses observations. Léger et profond à la fois.

mardi 27 septembre 2011

Israël-Palestine: l'allégorie du fromage.

C'est l'histoire d'un gars qui dit vouloir partager un bout de fromage avec son voisin, mais qui tout en manifestant cette noble intention, mange le bout de fromage en question... L'autre lui dit : «arrête de bouffer le fromage pour qu'on puisse en négocier le partage!».

Et celui qui détient le fromage lui répond la bouche pleine : «tu es de mauvaise foi, tu poses des conditions aux négociations alors que moi je suis ouvert à des négociations immédiates !»

P.S. Le formage est un Emmenthal sans doute, et il est possible qu'il ne reste que des trous à celui qui réclame son bout...

vendredi 23 septembre 2011

L'unilatéralisme des uns et des autres.

C'est aujourd'hui que le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, présentera sa demande de reconnaissance de l'État palestinien à l'ONU. La manœuvre sera sans doute bloquée par un veto américain au Conseil de sécurité, ce qui accentuera la déception du monde entier à l'égard des promesses d'une «ère Obama».

L'argumentation alambiquée de ceux qui s'opposent à cette reconnaissance tout en souhaitant l'avènement d'un État palestinien suggère que la demande palestinienne pose problème puisqu'il s'agit d'une stratégie diplomatique «unilatérale».

Le Président Obama a suggéré dans son discours à l'ONU cette semaine que seule la négociation pouvait mener à la paix. Le Consul général d'Israël pour le Québec dit aujourd'hui qu'«il est essentiel de relancer des négociations directes et sans conditions préalables avec nos partenaires palestiniens, et d'éviter toute déclaration unilatérale qui viendrait en contradiction flagrante avec les accords d'Oslo, ce qui risquerait même de les annuler. (...) Il ajoute : que l'«unilatéralisme, comme nous l'avons tous appris de nos propres erreurs, ne fonctionne pas et la paix en l'absence de dialogue ne fera qu'aboutir à un avenir de séparation, de méfiance et de violence continues». Ce qu'il ne dit pas, comme tous ces «alliés» d'Israël qui sont plutôt aveuglés, c'est que la colonisation des territoires palestiniens par Israël contrevient aux accords d'Oslo et aux exigences internationales posées pour relancer les négociations. Or, Israël refuse de mettre fin à la colonisation et accroît de jour en jour son emprise sur le «futur État» de Palestine...

L'unilatéralisme israélien pose donc problème et le gouvernement de B. Netanyahou refuse de négocier en misant sur le fait accompli : plus le temps avance, plus les concessions territoriales palestiniennes devront être importantes. Ce silence complice des officiels israéliens, des USA et du Canada, discrédite le discours qui condamne la démarche unilatérale des Palestiniens. Celle-ci cherche seulement à forcer un jeu bloqué et à délégitimer la colonisation des territoires occupés.

Le refus des USA et le déni israélien risquent malheureusement de faire le jeu des extrémistes de tous les côtés. En Israël, certains préfèrent être confrontés aux radicaux plutôt qu'à un diplomate sensé comme M. Abbas. Aux USA et au Canada aussi, du moins dans plusieurs cercles de la droite dure. Mais ce n'est clairement pas dans notre intérêt que ces gens agissent. Ni dans l'intérêt d'Israël d'ailleurs, qui a grandement besoin de vivre en paix et de développer des relations normales avec ses voisins...

mercredi 14 septembre 2011

L'écrivain et le politique.

Il vous faut lire cette fabuleuse entrevue avec David Grossman, cet écrivain israélien lucide et poète à la fois. Il y offre l'une des visions les plus pénétrantes et réalistes de la solution à ce conflit «éternel» qu'est le conflit israélo-palestinien.

Tout est là. Du drame humain à la dérive sécuritaire. De l'insécurité profonde du droit à l'existence du peuple juif à la fuite en avant dans l'embonpoint militaire.

Quand je vous dis qu'il nous faut plus d'artistes au pouvoir, c'est entre autres grâce à des écrivains comme David Grossman. Son dernier livre, «Une femme fuyant l'annonce», est extrêmement bien présenté par Pierre Assouline.

dimanche 11 septembre 2011

Écoutez Akli Aït Abdallah.

La radio n'est pas esclave de l'image comme la télé. Elle doit donc être pertinente. Akli Aït Abadallah, de Radio-Canada est un des meilleurs journalistes-radio au monde. Écoutez ses reportages documentés et littéralement «habités» à cette adresse.

mardi 6 septembre 2011

La Turquie : leader du monde arabe ?

La crise diplomatique qui sévit entre la Turquie et Israël depuis l'incident de la flottille humanitaire écrasée dans le sang par l'armée israélienne prend de l'ampleur. Le 1er ministre turc, Recep Tayyip Erdogan vient d'annoncer la rupture de toute collaboration politique, économique et militaire avec l'État hébreux.

Rappelons que la Turquie n'est pas un pays arabe. Ajoutons que jusqu'à récemment, c'était un des rares pays musulmans qui entretenait une relation cordiale avec Israël en plus de collaborer militairement avec lui.

Mais depuis que les révoltes de la rue arabe ont débouché sur le renversement de Moubarak en Égypte, on sent monter une pression venant de l'opinion publique arabe pour se montrer plus solidaire du peuple palestinien. C'est dans cette optique que le blocus israélien de Gaza est de plus en plus critiqué.

Dans cette atmosphère de nouveau cycle politique ouvert par les révoltes arabes, il semble que la Turquie cherche à s'aménager un espace de pouvoir qui menace ses bonnes relations avec Israël, voire avec ses alliés occidentaux (la Turquie est membre de l'OTAN).

Deux choses à souligner à propos de l'influence grandissante du «modèle turc» :

1- Les mouvements islamistes du monde arabe sont sortis affaiblis des révolutions populaires des derniers mois. En effet, la plupart des jeunes qui ont lancé la contestation des dictatures tunisienne, égyptienne, libyenne et syrienne sont loins de cette mouvance imprégnée de religiosité; ce qu'ils réclamaient, c'était plus de liberté et de transparence politiques. Les mouvements islamistes du monde arabe ont donc dû se réaligner vers un discours plus réformiste-démocratique que réactionnaire... C'est là que le modèle turc prend tout son sens. Le parti AKP du 1er ministre Erdogan est un parti «islamiste modéré» qui ne remet pas en question de façon frontale la laïcité ni la démocratie turques.

C'est le modèle turc, qui cherche à concilier «authenticité et modernité», qui semble devenir le courant dominant des mouvances islamistes du monde arabe, confinant à la marge les mouvances radicales et violentes qui cherchaient à établir un califat commun à l'Oumma, la communauté des croyants, par-delà les frontières tracées par les colonisateurs...

2- Et ce modèle dit modéré qui inspire le devenir interne des sociétés arabes est en train de transformer sa politique internationale en se proposant comme le nouveau défenseur de la cause palestinienne. Rappelons que la cause palestinienne a presque toujours servi de tremplin dans le monde musulman pour affirmer sa puissance sur le plan régional. Ce fut le cas pour l'Égypte de Nasser, la Syrie d'El Assad, l'Irak de Saddam Hussein, l'Iran d'Ahmadinejad, etc. Voilà maintenant que la Turquie affiche ses ambitions régionales en s'éloignant d'Israël.

Les plaques tectoniques de la politique bougent ! C'est comme si la Turquie effectuait un pas de recul face à l'Europe pour renforcer son emprise et son influence dans un monde musulman en plein point de bascule...

vendredi 20 mai 2011

Obama & Israël : the tipping point.

Le discours d'hier du Président Obama face au printemps arabe comporte une affirmation importante qui a choqué le 1er ministre israélien Netanyahou. (Les 2 se rencontrent aujourd'hui).

Les USA viennent de réaffirmer un principe du droit international présent dans la majeure partie des résolutions onusiennes sur le conflit israélo-arabe : les territoires conquis par la force en 1967 sont illégitimes, donc la base des négociations pour la solution à 2 États demeure les frontières de l'armistice de 1949 (on dit dans le jargon les frontières d'avant juin '67). Ceci implique que le tracé du mur et les colonies font partie des négociations... Obama l'a compris en rajoutant que les modifications en ce qui a trait au tracé des frontières doivent être mutuellement consenties.

Netanyahou comprend que la pression est de son bord, c'est pourquoi il cherchera à rallier le lobby juif américain pour condamner ce retour en arrière irresponsable (selon lui), mais on peut dire que l'exaspération à l'égard de cette fuite en avant que constitue la colonisation israélienne des territoires palestiniens commence à faire son chemin partout, même au sein de la communauté juive américaine. JStreet et les commentateurs politiques de toutes sortes en font foi.

Chose certaine, Obama joue la crédibilité de sa présidence (et de son Prix Nobel) ici. On ne joue pas «électoralement» avec un conflit aussi important. Encore plus dans le contexte actuel du monde arabe, véritable point de bascule entre un moment démocratique et moderniste ou le glissement vers l'obscurantisme revanchard...

samedi 14 mai 2011

Images de réfugiés.

Une série de portraits tournés dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban est mise en ligne de façon très originale par Radio-Canada. Les vidéos ne durent que 2 minutes max chacun, mais il y a du «matos» pour plus d'une heure 30... C'est à voir et à entendre.

Bravo aux journalistes qui ont choisi de s'effacer devant leurs sujets.

mercredi 27 avril 2011

Une «coalition» prometteuse ?

Richard Hétu rend compte d'un Accord entre le Fatah de Mahmoud Abbas, qui dirige la Cisjordanie, et le Hamas qui contrôle Gaza depuis quelques années...

C’est une bonne nouvelle. Ceci forcera le Hamas à devenir plus pragmatique à l’égard d’Israël et à diriger sa critique sur les colonies (principale action répréhensible de l'État israélien dans ce conflit) et non sur Israël en soit.

Si le gouvernement de coalition (Harper s’en servira-t-il pour diaboliser le mot chez nous ?!) Fatah-Hamas réussit à mieux gouverner et à répondre aux besoins de la société civile palestinienne, comme ce semble être le cas pour l’actuel gouvernement de Salam Fayyad en Cisjordanie, et bien il ne restera qu’à faire pression sur l’actuel gouvernement israélien (!) pour qu'il laisse émerger en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-est, un État palestinien. (Et pourquoi pas une délégation palestinienne aux prochains Jeux Olympiques d'été ?)

Et face à la montée du «camp de la paix» en Israël, on peut croire que le gouvernement Netanyahou tombera s’il ne plie pas. Car il y a d'autres partis plus ouverts au dialogue - Kadima est le parti qui a le plus de sièges au parlement et c'est aussi un parti fondé sur l'idée d'une rupture avec le mouvement des colons… Pas une mince affaire, mais le printemps arabe, qui avait prédit ?

mercredi 20 avril 2011

Un État palestinien en septembre ?

Une soixantaine d'intellectuels israéliens de renom vient de publier une déclaration réclamant la fin de l'occupation et la création d'un État palestinien pour septembre prochain. Quelques jours auparavant, un groupe de Businessman et d'ex-militaires publiait une lettre réclamant essentiellement la même chose : un État palestinien vivant aux côtés de l'État d'Israël.

Il faut dire que le Président de «l'Autorité palestinienne», Mahmoud Abbas, a décidé de suspendre les négos avec le le gouvernement israélien de Netanyahou étant donné que celui-ci poursuivait la colonisation des territoires palestiniens, au mépris du Droit international. Abbas a donc décidé de porter sa cause à l'ONU et projette faire adopter une résolution à l'Assemblée générale qui proclamerait la naissance d'un État palestinien en septembre prochain...

La déclaration des intellectuels et la lettre des autres personnalités issues du monde économique et sécuritaire israéliens tombent donc à point : cela met une pression énorme sur le gouvernement israélien pour qu'il cesse sa fuite en avant.

Voici les 2 premières phrases de la déclaration signée par les 60 personnalités d'exception et lue cette semaine à Tel-Aviv à l'endroit même où fût proclamée l'indépendance d'Israël il y a plus de 60 ans :

«The land of Israel is the birthplace of the Jewish people where its identity was shaped;

The land of Palestine is the birthplace of the Palestinian people where its identity was formed


Cette déclaration est porteuse, puisqu'effectivement, à aucun autre endroit qu'Israël, les Juifs peuvent dire collectivement «c'est ici chez nous». Mais à aucun autre endroit qu'en Palestine, les Palestiniens peuvent dire collectivement «c'est ici chez nous». La prise de conscience de cette réalité est essentielle à l'acceptation de l'Autre et donc à la paix dans la région. Trop longtemps, les Arabes ont nié le droit à l'existence d'un État juif. Mais il faut aussi mettre fin à la déligitimation et à la déshumanisation des Palestiniens par une (trop) forte frange de la classe politique et intellectuelle israélienne.

Ces grandes figures israéliennes font émerger à nouveau ce «camp de la paix» qui était pratiquement disparu du paysage politique depuis la seconde Intifada en septembre 2000.

Un cycle nouveau commence, en conjonction avec les révoltes arabes, et il nous est permis d'espérer qu'il mène à une paix...

dimanche 10 avril 2011

De la propagande à la justice.

L'éditorialiste Gideon Levy, du journal israélien Haaretz, suggère dans son dernier papier de mettre fin au «ministère de la propagande israélien» (le ministère Hasbara) et d'adopter une politique qui mettra fin à l'occupation et à la colonisation des territoires palestiniens. Selon lui, la diplomatie publique israélienne ne convainc pas la communauté internationale de la juste cause israélienne, mais elle est efficace à l'interne en déshumanisant les Palestiniens, ce qui compromet une éventuelle résolution de l'impasse.

Extraits :
«The world knows that this is a battle between the Israeli Goliath and the Palestinian David, and its heart is with the underdog. The world heard Prime Minister Benjamin Netanyahu speak of a two-state solution and was filled with hope. But after two years of total deadlock, hollow talk, illusions, Israel's unreasonable setting of conditions and the construction of more and more settlements, the world has condemned Israel. No hasbara can change that.

Hasbara will not overcome the unequivocal fact that Israel has been an occupying power for more than four decades. No propaganda can persuade people of good conscience that we're right as long as millions of Palestinians are living without rights
».

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les intellectuels israéliens ne peuvent pas tous être qualifiés de complaisants ! On peut même dire que leur nationalité leur donne une plus grande liberté et un sens critique plus aiguisé, puisqu'ils ne peuvent être taxés d'antisémitisme... En espérant que ce goût pour la critique et la justice ait un jour des répercussions politiques dans le pays.

vendredi 18 mars 2011

Après la Libye, le Bahreïn ?

Le colonel Kadhafi semblait reculer après le vote (historique !) d'hier de la part du Conseil de sécurité de l'ONU autorisant des frappes et des sanctions contre les éléments de l'armée libyenne pro-Kadhafi prêts à écraser leur population civile.

Il semble que le déblocage tardif du Conseil soit attribuable à une résolution de la Ligue arabe demandant une zone d'exclusion aérienne pour protéger les insurgés... Le test que j'évoquais il y a quelques semaines est assez réussi.

Reste qu'en arrêtant son offensive, Kadhafi renforce son pouvoir de négociation... Il aurait (presque) été préférable qu'il continue dans son entêtement, cela aurait favorisé sa chute...

Et après la libye, pourquoi pas Bahreïn, où la répression sanglante est en cours (plusieurs images tournées sont épouvantables, je préfère ne pas vous donner les liens...). Ce petit Émirat dirigé par une dynastie sunnite dans un territoire à majorité chiite a beaucoup moins de chances de se faire sanctionner car c'est un protégé de l'Arabie saoudite. Mais comme l'Iran cherche à devenir une puissance régionale en soutenant les chiites du monde entier, il est possible que la répression bahreïnie enclenche un crescendo inquiétant qui pourrait favoriser l'isolement du régime et de son allié saoudien...

Le printemps arabe n'est pas fini, mais jusqu'ici, il me fait dire que quelque chose de positif en émerge :

- la communauté. internationale existe et l'ONU démontre qu'elle est capable (quelques fois) d'agir...
- la Ligue arabe n'est plus impuissante et complaisante, elle est peut-être en train d'évoluer elle aussi sous la pression de la «rue arabe».
- la politique étrangère des USA bénéficie de la présence d'Hillary Clinton, qui semble avoir été plus pro-active que son Président dans cette crise...

mardi 15 mars 2011

Israël-Palestine : impasse éternelle ?

Un attentat contre une famille de colons israéliens établis en Cisjordanie risque de compromettre la «relance» des négociations et de conforter l'actuel gouvernement israélien dans son refus de négocier et sa volonté (fuite en avant !) de poursuivre la colonisation des territoires palestiniens. Quand les groupes palestiniens comprendront-ils que le terrorisme est leur pire ennemi ?

Reste que cette impasse devient de plus en plus complexe... La poursuite de la colonisation des territoires palestiniens par Israël, au mépris du Droit international et des résolutions onusiennes, rend l'éventualité d'un État pour les Palestiniens de plus en plus improbable... Quel territoire restera-t-il ? Et comme les colons juifs occupent de plus en plus les meilleures terres de Cisjordanie, incluant Jérusalem-est, supposée devenir la capitale du futur État palestinien, on peut se demander si la solution des 2 États demeure possible...

Cet article publié dans Dissent évoque le fait que la solution d'un seul État pour les 2 peuples serait peut-être plus prometteuse et réaliste que la solution dominante envisagée depuis 1990, soit la solution des 2 États... J'avoue avoir toujours été dubitatif à propos d'une grande confédération israélo-palestinienne, considérant que l'identité juive d'Israël était une garantie de sécurité culturelle et politique nécessaire à la paix dans la région. Mais plusieurs facteurs semblent illustrer que la solution des 2 États devient de plus en plus désincarnée par rapport à la réalité du terrain :

- le déclin du nationalisme palestinien constaté depuis l'échec du Processus d'Oslo;
- l'enchevêtrement des deux populations de part et d'autre de la «ligne verte» (frontières devant séparer les 2 États aux yeux du Droit international);
- le nombre de plus en plus important de Palestiniens - citoyens d'Israël ou non -entretenant des relations correctes avec des Juifs du côté israélien et la volonté croissante des arabes de Jérusalem-est de devenir citoyens d'Israël;
- la force du mouvement des colons qui fait qu'il sera de plus en plus difficle de déplacer ces implantations illégales et de ramener ces colons du «bon côté de la frontière» sans créer une atmosphère de guerre civile en Israël...
- la faiblesse et le discrédit du leadership palestinien;

Tous ces facteurs semblent militer en faveur de la solution d'un seul État où les deux peuples pourraient cohabiter. Mais ceci ne tient pas compte de l'importance de l'identité juive d'Israël, qui serait tôt ou tard compromise par le haut taux de natalité des Palestiniens... La solution à un seul État ne ferait donc que repousser une dynamique malsaine déjà en cours...

Alors, que faire si la solution des deux États est possible sur papier mais pratiquement irréalisable sur le terrain et que la solution à un seul État apparaît comme plus réaliste sans être un gage de paix ???

Disons qu'une option épouvantable se dessine, celle d'un «échange» de populations et de territoires : les Palestiniens citoyens d'Israël quittent Israël pour les colonies juives des territoires occupés et les colons juifs retournent en Israël... Ce drame évoque la création du Pakistan où des millions de musulmans et d'hindous, refusant d'être des minorités, se sont dirigés vers le pays où ils allaient être majoritaires... Et cet exemple historique n'est pas des plus réjouissants... quoique peut-être préférable à l'évolution actuelle du conflit israélo-palestinien.

mercredi 2 mars 2011

La diplomatie française en crise (2).

On disait hier qu'Alain Juppé venait au secours du Ministère des affaires étrangères français, en pleine crise pour avoir soutenu démesurément les dictatures du Maghreb et du Machrek. Et que c'est Nicolas Sarkozy qui devrait porter le blâme d'une telle déroute diplomatique.

En fait, la complaisance et les relations privilégiées entretenues entre la France et ces «républiques» autoritaires du monde arabe ne datent pas d'hier. Mais Sarko est quand même le 1er Président français à rompre avec le Gaullisme en relations internationales, et ça, ce doit être souligné.

Charles de Gaulle a développé une politique internationale cohérente et responsable qui a été essentiellement suivie par les gouvernements successifs de la France, de gauche comme de droite, jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007.

De Gaulle s'est retiré du secteur militaire de l'OTAN en 1964 en faisant de la France une puissance nucléaire. Ceci lui donnait les moyens de ses ambitions, c-à-d décider par elle-même de ses objectifs et déployer sa force si nécessaire, n'étant plus sous la protection du «parapluie nucléaire» états-unien. Nicolas Sarkozy vient de réintégrer l'OTAN, avec tout ce que cela implique comme avantages et inconvénients pour la France étant donné le principe d'intérêts et d'assistance mutuels du traité.

De Gaulle a développé une politique extérieure qu'il qualifiait de «3e voie» : entre celle des USA et de l'URSS, tout en demeurant un fidèle allié de l'Occident et des USA en particulier. Ce principe s'est entre autres illustré lors de la Guerre des Six Jours entre Israël et ses voisins en 1967. De Gaulle condamne alors cette guerre déclenchée selon lui par Israël, sans pourtant empêcher une livraison d'arme à l'État hébreux. Il semble alors vouloir envoyer un message ambigü. Mais nous pouvons analyser cette politique de la façon suivante : de Gaulle considérait le droit à l'existence d'Israël comme non-négociable, mais les conquêtes territoriales de 1967 faisaient d'Israël le pays dominant selon lui, brisant l'équilibre nécessaire à la paix dans la région. De Gaulle a affirmé lors du déclenchement des hostilités en 1967 : Israël est notre ami, mais plus notre allié...

Ce positionnement stratégique a fait de la France un pays incontournable pour la stabilité régionale. Mitterrand a «sauvé» l'OLP et le Liban de la puissance du feu israélienne en 1982. La France est la principale responsable de la mission onusienne au sud-Liban et sans doute la seule puissance capable de servir de force d'interposition crédible entre Israël et le Liban. Ceci est un héritage gaulliste, entretenu par tous ses successeurs, jusqu'à Sarkozy...

En effet, ce dernier a orchestré un virage pro-israélien plus prononcé, en plus de permettre le développement et le renforcement des relations françaises avec les dictatures arabes. Sarkozy, avec son Union méditerranéenne, a fait d'Hosni Moubarak une figure centrale de son projet... Et ses ambassadeurs qui n'entretenaient pratiquement aucun lien avec les mouvements d'opposition démocratiques... Et ses ministres qui copins-copinent avec la clique au pouvoir dans tous ces régimes...

Décidément, Nicolas Sarkozy est une homme qui transforme la politique étrangère française, au mépris d'une tradition gaulliste futée et fort utile au maintient d'«une certaine idée de la France», comme disait de Gaulle...

mardi 1 mars 2011

La diplomatie française en crise.

Le Président français Nicolas Sarkozy vient de procéder à un remaniement ministériel pour pallier à la crise qui secoue particulièrement son Ministère des affaires étrangères depuis que le monde arabe bascule de révoltes en révolutions... Nous qui croyions que la France avait une meilleure connaissance du monde arabe (que de ce côté-ci de l'Atlantique) et une politique étrangère plus équilibrée, nous venons de prendre conscience que cette «connaissance du monde arabe» reposait en fait sur des relations privilégiées entretenues avec les dictatures de la région...

L'ex-ministre des affaires étrangères Michelle Alliot-Marie est à l'origine de la crise diplomatique avec ses déclarations choquantes... Dans le contexte des revendications démocratiques en Tunisie, elle a offert que «le savoir-faire français, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires»... Elle a même suggéré «de permettre dans le cadre de nos coopérations d'agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité».

Pour se sortir de cette bourde, elle a choisi les omissions et les mensonges avant d'être démise cette semaine et remplacée par Alain Juppé ! Juppé est un personnage fort controversé (condamné pour une histoire d'emplois fictifs, il a «purgé sa peine» au Québec en enseignant à l'ENAP il y a quelques années), mais il a le mérite de l'expérience et de la nuance... En plus d'être une figure passablement critique de Sarkozy depuis 2 ans au sein de la droite... Il fût entre autres un des 1ers à s'insurger contre la réévaluation par Sarkozy (sous pressions de Paul Desmarais...) de la politique du NI-NI : non-ingérence et non-indifférence à l'égard du projet de souveraineté du Québec. Juppé est donc un ami du Québec puisqu'il favorise la politique de l'accompagnement, quelque soit l'option constitutionnelle favorisée par les Québécois. Alors que Sarkozy plaidait pour l'unité canadienne, qualifiant même l'option souverainiste de sectaire (!)

Donc, le principal responsable de cette faillite de la diplomatie française est le Président Sarkozy. Reste à voir si Alain Juppé pourra redresser la crédibilité perdue de cette puissance diplomatique qu'a déjà été la France...

samedi 26 février 2011

Le début de quelque chose...


Tout ce qui se brasse du côté du monde arabe pourrait-il inspirer chez nous un sursaut démocratique ? C'est à espérer.

Car notre regard sur le monde arabo-musulman est tordu depuis le début de la décennie 1990, par un courant fort articulé mais inquiétant qui a émergé, particulièrement aux USA : le néo-conservatisme. Ce courant cherchait à réaffirmer la supériorité morale de l'Occident sur les autres civilisations de notre planète, en critiquant de haut la «civilisation musulmane», supposée incapable de rationalité ou imperméable à la démocratie. Ce regard biaisé et simpliste (où situer l'Indonésie ou la Turquie dans cette civilisation supposément homogène ?), a longtemps été coupable d'appuyer des Tyrans comme Saddam Hussein, la famille Saoud, Moubarak, Ben Ali, Kadhafi, Bouteflika et tant d'autres - sous prétexte que ces dictatures servaient de remparts contre l'islamisme.

Or, c'est la rue arabe qui nous rappelle ces jours-ci l'importance de la mobilisation collective face à l'État. Et ce sans que l'islamisme y soit pour une grande part dans la majorité des pays sous secousses démocratiques...

Chez nous, près de 250 000 personnes ont signé une pétition appelant le 1er ministre Jean Charest à démissionner, étant donné son entêtement à ne pas vouloir déclencher une Commission d'enquête publique dans la construction et l'octroi de contrats gouvernementaux ainsi que son refus à imposer un moratoire avant de nous lancer dans l'exploitation des gaz de schiste...

Sommes-nous capables de passer de la parole aux actes ? Un simple clic à partir de Facebook ou Twitter peut-il chez nous aussi, mener à une mobilisation extraordinaire pour réclamer la démission de Jean Charest ?

Un collègue de travail à moi vient de lancer l'initiative : le 12 mars prochain, passez de la parole aux actes et venez DANS LA RUE manifester votre colère contre la corruption et l'aveuglement de notre premier ministre ! (Lieu : Place du Canada, coin René-Lévesque et Peel - Date/heure : samedi 12 mars 2011 12:00)

Ce pourrait être le début de quelque chose... Notre version 2.0 du printemps arabe...

jeudi 24 février 2011

Kadhafi : un test pour la Communauté internationale.


Le Colonel Kadhafi, qui s'accorche dangereusement au pouvoir en Libye depuis que sa population a enclenché les protestations dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne est un test pour la Communauté internationale.

Dans les années 1990, une série d'interventions dites «humanitaires» ont été autorisées par l'ONU dans le but de protéger des populations civiles identifiées comme victimes ou cibles de conflits armés. L'opération la plus connue fût lancée en ex-Yougoslavie pour «protéger» les populations de Bosnie contre les milices serbes... Ces missions ont été et avec raisons, fortement critiquées, parce qu'elles ont souvent favorisé l'objectif d'expansion territoriale d'une Grande Serbie en contribuant à déplacer des populations civiles pour éviter des massacres... Leur inefficacité et le ridicule de leur mandat (mission de «maintien de la paix» en terrain de guerre !) y est aussi pour beaucoup dans toute la réévaluation de ce type de missions. C'est pourquoi nous ne parlons plus du «Droit d'ingérence humanitaire» mais de la «Responsabilité de protéger» les populations civiles devant des régimes qui faillissent à le faire ou menacent leurs populations.

Reste que l'ambition de la Communauté internationale et le rôle de l'ONU demeurent associés à cette responsabilité : préserver la paix et la sécurité, valoriser la vie humaine et protéger les civils en zones de conflit. Les zones d'exclusions aériennes autorisées par l'ONU en Irak durant toute la décennie 1990 avaient pour but d'empêcher le régime de Saddam Hussein de bombarder sa population d'origine kurde, reconnue comme hostile à son autorité.

Le sanguinaire et orgueilleux colonel Kadhafi a un parcours politique semblable à celui de Saddam Hussein. Il est arrivé au pouvoir en 1969 sous une étiquette plutôt nationaliste arabe. Dans la décennie 1980, la Libye est devenue un État subventionnaire du terrorisme international et promoteur d'un anti-occidentalisme notoire. Peu à peu, le régime Kadhafi a glissé en réislamisant son espace politique. Puis sa rhétorique est devenue pan-africaine et anti-terroriste après septembre 2001, pour redevenir fréquentable... Aujourd'hui, devant cette extraordinaire démonstration de force de caractère et de courage des populations arabes, il s'apprête à mourir en Martyr...

Il y a un autre parallèle à faire entre Saddam et Mouhamar Kadhafi: les deux ont, au fil du temps, mis en place un pouvoir autoritaire et centré sur leurs clans. (Voir cet excellent article sur la question des tribus en Libye)

Que fera la Communauté internationale ? Et les régimes arabes en transition comme l'Égypte et la Tunisie, les deux voisins immédiats ? C'est un véritable test pour la crédibilité de l'ONU, des USA et de la ligue arabe...

vendredi 11 février 2011

Moubarak, le pompier-pyromane.


La rue arabe continue de se mobiliser, particulièrement en Égypte, où, devant l'entêtement d'Hosni Moubarak, le peuple demeure intraitable et réclame toujours son départ.

Bien sûr que Moubarak doit partir, non seulement parce que son autorité n'existe plus, mais également parce que sa réaction à la crise récente démontre toute son irresponsabilité et son orgueil : l'homme a décidé de se poser en «gardien de l'ordre et de la stabilité» en affirmant que son départ hâtif mènerait au chaos ! Mais on commence à comprendre que sa stratégie consiste plutôt à agir en pompier pyromane : il lance ses partisans contre les manifestants et les journalistes étrangers ou encore il utilise ce qu'il contrôle encore pour fragiliser sa succession potentielle... Bref, il tente par tous les moyens de repousser son départ. Est-ce pour protéger et transférer ses avoirs ? Pour renforcer son rapport de force avant de quitter, de façon à éviter des procès et dépossessions ?

Chose certaine, sa stratégie puise son inspiration dans un autre régime qui lui aussi, pour le moment, réussit à se maintenir : celui d'Abdelaziz Bouteflika, le Président algérien. Les deux hommes partagent maintenant une même méthode, celle de se présenter en rempart contre l'islamisme (pour bénéficier ainsi de l'appui ou de la complaisance de l'occident) tout en étant générateur de désordres à l'interne, pour pouvoir ainsi accuser les courants islamistes et démontrer au reste du monde que sans eux, le chaos ou le radicalisme triomphent... Plusieurs indications crédibles démontrent que le régime Bouteflika a commis une série d'attentats terroristes contre sa propre population dans les années 1990 pour ensuite accuser le Front islamique du salut et ses branches armées d'en être les auteurs... Il semble que de mêmes soupçons pèsent aujourd'hui sur le régime Moubarak à propos des attentats contre les Chrétiens coptes à Alexandrie le 31 décembre dernier !

Ces «fouteurs de troubles» doivent partir : ils ne constituent plus une police d'assurance contre le radicalisme islamiste (l'ont-ils vraiment déjà été ?), bien au contraire puisque leur autoritarisme et leurs régimes corrompus renforcent la crédibilité des islamistes qui contestent depuis fort longtemps et constituent aujourd'hui les groupes d'oppositions les mieux organisés... De plus, les poser en victime les aidera. Et enfin, l'appui de l'occident à Moubarak ou encore à Bouteflika (et à plusieurs autres, au 1er chef la famille régnante d'Arabie saoudite) nous discrédite aux yeux de la rue arabe, ce qui peut compromettre les chances des courants modernistes et démocratiques d'émerger dans ces pays puisqu'ils seront alors présentés comme des pantins de l'occident... Il est donc important que les USA cessent leur tergiversation et commencent à exercer une réelle pression sur ces régimes pour arbitrer une transition démocratique concertée et sérieuse, mais immédiate.

Ce qu'il y a de positif dans tout ce que l'on peut observer, c'est que malgré l'autoritarisme des régimes arabes, la société civile - «la rue arabe» - semble réellement exister et ne semble pas vouloir lâcher prise non plus... Le danger par contre, serait de «personnaliser» cette crise outrancièrement : le seul départ de Moubarak ne suffira pas, des réformes constitutionnelles profondes sont nécessaires. Et là encore, les USA, dont l'Égypte dépend de façon quasi-pathétique, peuvent jouer un rôle positif s'ils exigent plus de transparance et de résultats en ce qui concerne la transition démocratique à effectuer...

Lourd programme !