mercredi 8 juin 2011

Comptabiliser le vote blanc.

Devant la crise qui secoue nos institutions de toutes parts :
- Déclin de la participation politique;
- Chute du membership et du financement populaire des partis politiques;
- Mépris et désintérêt envers la classe politique;
- Éclatement du paysage politique et reconfigurations «intempestives» de celui-ci par un électorat volatile et exaspéré...

Et devant des politiciens - Charest, Harper, Tremblay, etc. - qui profitent de notre apathie et de la faiblesse de nos institutions pour se maintenir au pouvoir (ex: Harper vient pour la 1ère fois dans l'histoire du pays d'annuler le débat et le vote sur le Discours du Trône... une autre infraction au principe du gouvernement responsable pourtant au cœur du système parlementaire qui est le nôtre !);

Devant cet état de fait pour le moins déprimant, il nous faut réformer nos institutions. Mais il nous faut plus. Un sens de la responsabilité citoyenne doit émerger chez chacun de nous. Cela va de la propreté de notre devant de maison jusqu'à l'exercice du droit de vote.

Mais pour ce faire, il faut éclaircir l'espace pour le citoyen. Si la ville (parcs, rues, espaces publics) était bien entretenue, il serait possible d'exiger plus du citoyen en matière de propreté...

Même chose pour l'exercice du droit de vote. Si on veut hausser le taux de participation aux élections (il est en chute libre depuis 15 ans, particulièrement chez les jeunes), il faut envisager réformer le système électoral mais AUSSI comptabiliser les votes blancs !

En ce moment, ce qu'on appelle les «votes blancs», c-à-d les bulletins sur lesquels aucune préférence n'est manifestée, ne sont pas comptabilisés dans les résultats électoraux. On ne mentionne que les bulletins rejetés et le taux de participation... On interprète alors la signification de ces deux statistiques de différentes façons.

En comptabilisant les votes blancs, on officialise une option qui détient sans doute actuellement, d'élection en élection, une majorité relative de votes ! En effet, nos taux de participation aux élections se situent d'un palier décisionnel à l'autre à environ 60%; c'est donc que 40% se sont abstenus de voter !

Aucun parti ne récolte autant d'appuis. Le 2 mai 2011, les conservateurs de Harper ont obtenu une majorité de sièges à la Chambre des communes avec 39.65% des votes exprimés ! Et ce score ne tient pas compte des abstentionnistes. En comptabilisant les «votes blancs», on remarquerait la faiblesse du mandat de nos politiciens et on comprendrait plus clairement le message que l'électorat envoie.

On peut même penser que de permettre le vote blanc réduirait l'ampleur des «coups de balais» électoraux qui ont eu lieu entre autres au Québec en 2007 avec l'ADQ, en 2011 avec le NPD sur la scène fédérale et en France en 2002 avec le Front national... Car ici comme ailleurs, le vote blanc n'est pas pris en compte et on peut penser qu'il favorise occasionnellement des votes de protestations inconséquents ou dangereux...

On le voit, il y a plusieurs problèmes à prendre en compte. Il faudrait par exemple préciser ce qu'est un vote blanc. Je suggère que ce soit un bulletin sur lequel un grand X traverse toutes les candidatures, car un véritable «vote blanc» - sur lequel rien n'est inscrit - peut plus facilement être trafiqué par des travailleurs d'élection mal intentionnés).

Il faut aussi prévoir l'éventualité où le «vote blanc» recueille la majorité des suffrages exprimés. Que faire alors ? Certains suggèrent que l'élection soit reprise dès que ce seuil atteint 30% ou encore la majorité. Imaginez alors que le processus démocratique puisse être kidnappé par le vote blanc ! Un gouvernement non-élu ou en crise de légitimité serait alors appelé à gouverner ou à se maintenir au pouvoir ?! Nous n'y gagnerions rien sinon que davantage de cynisme...

Mais revenons au principe de la reconnaissance du vote blanc. Celui-ci est porteur. Si on permet le vote blanc (on pourrait aussi dire le droit d'«annuler son vote») on permet à tous ceux qui se sentent mal représentés d'affirmer leur point de vue plutôt que de rester passivement chez eux. Le vote annulé ou blanc envoie un message plus clair que le simple abstentionnisme !

Dans la même foulée, si on comptabilise ce type de vote, il devient légitime de mettre en place une loi sur le vote obligatoire, sous peine de pénalité financière ou de service citoyen. En effet, ceux qui disent: «tous pourris !» pourront dorénavant l'exprimer et leur option aura un impact sur le système... Ils n'auront plus d'excuses pour ne pas prendre part au jeu démocratique.

Voilà une autre mesure à sérieusement envisager pour moderniser nos institutions vétustes et discréditées.

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