mardi 12 avril 2011

Gérard Deltell et le Prince William.


Le chef de l'ADQ Gérard Deltell a condamné le 1er ministre Charest pour son usage abusif de son avion de fonction hier lors de l'étude des crédits gouvernementaux. Mais du même souffle, il a suggéré que le Québec contribue financièrement au voyage du Prince William prévu cet été au pays...

M. Deltell veut diminuer la fonction de 1er ministre du Québec et se prosterner devant la Monarchie britannique. Qui a dit que le Québec s'était affranchi de son complexe du colonisé ?

dimanche 10 avril 2011

De la propagande à la justice.

L'éditorialiste Gideon Levy, du journal israélien Haaretz, suggère dans son dernier papier de mettre fin au «ministère de la propagande israélien» (le ministère Hasbara) et d'adopter une politique qui mettra fin à l'occupation et à la colonisation des territoires palestiniens. Selon lui, la diplomatie publique israélienne ne convainc pas la communauté internationale de la juste cause israélienne, mais elle est efficace à l'interne en déshumanisant les Palestiniens, ce qui compromet une éventuelle résolution de l'impasse.

Extraits :
«The world knows that this is a battle between the Israeli Goliath and the Palestinian David, and its heart is with the underdog. The world heard Prime Minister Benjamin Netanyahu speak of a two-state solution and was filled with hope. But after two years of total deadlock, hollow talk, illusions, Israel's unreasonable setting of conditions and the construction of more and more settlements, the world has condemned Israel. No hasbara can change that.

Hasbara will not overcome the unequivocal fact that Israel has been an occupying power for more than four decades. No propaganda can persuade people of good conscience that we're right as long as millions of Palestinians are living without rights
».

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les intellectuels israéliens ne peuvent pas tous être qualifiés de complaisants ! On peut même dire que leur nationalité leur donne une plus grande liberté et un sens critique plus aiguisé, puisqu'ils ne peuvent être taxés d'antisémitisme... En espérant que ce goût pour la critique et la justice ait un jour des répercussions politiques dans le pays.

mercredi 6 avril 2011

Harper s'inspire-t-il de Poutine ?

On le dit et le redit, depuis l'arrivée des conservateurs de Harper au pouvoir en 2006, le contrôle de l'information, le manque de transparence et la confusion entre le gouvernement du Canada et le parti au pouvoir ont tendance à prendre de l'ampleur...

Est-ce que cette recette aurait une inspiration russe, celle mise en place par Vladimir Poutine depuis son accession au pouvoir en 1999 ? Chose certaine, des similitudes existent. Poutine a mis en place une véritable agence de presse gouvernementale qui a pour mandat de véritablement mettre en scène le Président (aujourd'hui 1er ministre russe et demain à nouveau Président). On y voit Poutine à la chasse aux baleines, Poutine en ski nautique, Poutine en speed boat, etc.

Stephen Harper a aussi créé une agence de photographies gouvernementales. Lors de son voyage dans le Grand nord par exemple, les seules photos disponibles pour la presse furent celles de cette agence. Durant l'actuelle campagne électorale, les photographes de presse sont «placés» par l'équipe Harper pour que celui-ci soit pris dans le bon angle ! Les points de presse électoraux limitent les questions à 5, dont une réservée aux médias régionaux, ce qui permet aux attachés politiques du 1er ministre de sélectionner les «bons journalistes» qui auront la chance de poser une question... Si vous ne voulez pas être sur la black list du 1er ministre, vous avez avantage à poser des questions insignifiantes, ou pire: valorisantes...

Bien sûr, le régime de Poutine est plus répressif, les journalistes qui questionnent trop en Russie disparaîssent, sont assassinés ou sont emprisonnés... Mais reste que la propension des conservateurs de Harper à tout contrôler et à limiter le pouvoir et l'autonomie des médias inquiète. Toutes les organisations professionnelles de journalistes au Canada ont co-signé une lettre pour condamner «cette propagande léchée dont l'objectif est de contrôler l'opinion publique». C'est une 1ère dans l'histoire du pays !

Mais le problème semble être que cet enjeu - pourtant fondamental - ne semble pas coller dans l'opinion publique, qui préfère se faire endormir par le discours du «priorité à l'économie» face à des élections jugées «inutiles»...

Déprimant.

jeudi 31 mars 2011

De quelques espoirs possibles...

J'ai discuté hier du danger que constitue la morcellisation de l'espace public pour la démocratie et comment les «médias sociaux» comme Facebook peuvent paradoxalement renforcer l'isolement des individus en les maintenant dans le confort du privé ainsi qu'en les limitant à leurs seuls «amis»...

Or, une des caractéristiques centrales des régimes totalitaires (nous n'en sommes pas encore là bien sûr, mais il faut connaître les risques d'une destination pour savoir l'éviter...) est de chercher à briser la cohésion sociale et la solidarité entre les individus. Seuls face à l'État, nous sommes effectivement impuissants ! En URSS et dans les régimes de type soviétique, on pratiquait la punition collective pour briser le lien social jusque dans la famille : si on trouve un dissident, on punit toute sa famille, de façon à ce que personne ne soit solidaire de cet «ennemi de l'État». Il arrivait alors souvent que des enfants dénoncent leurs parents pour sauver leur peau...

Notre isolement aujourd'hui est plus discret. Nous sommes en contact avec l'humanité entière par Facebook, Twitter et les autres, mais ce contact peut être considéré comme ténu et superficiel. Il ne porte pas encore à conséquence.

Reste que les révolutions arabes en court ont grandement bénéficié de ces réseaux : ils ont même constitué une rampe de lancement incontournable à la mobilisation collective ! Chez nous, la pétition qui a recueilli 250 000 signatures pour réclamer la démission de Jean Charest a envoyé un message clair de mécontentement de la population à l'égard de la corruption endémique et de la gestion du dossier des gaz de schiste... Mais cette «mobilisation» Facebook qui a eu des conséquences politiques immenses dans le monde arabe ne semble pas déboucher chez nous vers quelque chose de tangible... Comme si notre colère exprimée par un clic suffisait. Comme si la mobilisation par internet ne réussissait pas à franchir le cap de la rue !

Mais peut-être jugeons-nous que notre colère n'est pas encore assez grande... (Pourtant moi je sens venir en moi dans le tréfonds de moi, pour la première fois, malgré moi, malgré moi, entre la chair et l'os, s'installer la Colère !)*

Et donc peut-être que les réseaux comme Facebook pourront véritablement - dans un avenir proche ? - contribuer à forger le grand changement politique et social auquel nous aspirons dans le contexte de vide politique qui est le nôtre. Voici un espoir possible.

*L'Alouette en colère de Félix Leclerc

mercredi 30 mars 2011

De quelques glissements inquiétants...

Plusieurs travers de la société contemporaine deviennent littéralement inquiétants dans le contexte de démobilisation et de désintérêt actuels à l'égard de la politique.

J'ai souvent discouru ici du «repli sur soi» qui caractérise l'ère moderne. Bien sûr, c'est devenu une sorte de lieu commun de critiquer cette dérive de l'individualisme qui fait que chacun est de plus en plus intéressé par son seul sort et que s'il s'intéresse à autrui, c'est parce que celui-ci peut apporter quelque chose à son bien-être personnel... La quintescence de cet individualisme intéressé est illustrée dans Facebook où les «relations» que l'on entretient avec nos «amis» ne servent qu'à magnifier le fait que nous existons en quelque part : ah tiens, j'ai un commentaire, telle personne «aime» ma photo, telle autre veut devenir mon ami...

Je ne veux pas critiquer Facebook en bloc (j'en suis) mais seulement illustrer que plus ça va, plus nos relations passent par ce médium, sans doute au détriment de relations tangibles, directes... Chose certaine, le temps passé là ne l'est pas ailleurs...

Revenons donc à ces dérives inquiétantes que j'évoquais. Le morcellement de l'espace public m'apparaît de plus en plus comme un problème pour le bon fonctionnment de la démocratie. Les gens ne lisent plus les grands journaux, ils délaissent progressivement le téléjournal et les médias traditionnels au profit de «médias de niches», plus spécialisés ou pire, essentiellement axés sur l'opinion. Le 1er impact de ce changement est que nous avons de moins en moins de références communes en ce qui concerne les informations en circulation et même le traitement de celles-ci. Or, en démocratie, il faut au moins que l'espace public ait des références communes pour que la délibération soit porteuse d'une décision rassembleuse...

Vous me voyez venir ? De moins en moins de discours commun, de plus en plus de réseaux parcellisés qui s'entretiennent entre eux... Tout ça a un impact délétère sur la qualité des débats publics et même sur la possibilité de construire une société, un «vivre-ensemble» comme on dit dans les salons de sociologues...

Et les conservateurs de Harper semblent jouer cette carte au maximum : ils développent un discours et des politiques que l'on pourrait qualifier de clientélistes, dans le seul but de récolter une majorité de sièges... Et ça marche ! Par exemple, ils ont opéré un virage (militant) pro-israélien en politique étrangère pour aller voler cette part de l'électorat aux libéraux; ils sont en train de conquérir le vote des communautés immigrantes de souches récentes avec leur hostilité envers le mariage gay et l'avortement; ils alimentent les tensions entre les régions et les villes-centres (ainsi qu'entre les banlieues et les villes) pour bénéficier de quelques victoires notoires leur permettant de devenir majoritaires... Tout ça au détriment de la cohésion sociale et de l'unité du pays (je me trouve drôle de parler de l'unité canadienne, mais bon, je considère de plus en plus que «nous» Québécois, sommes en fait les meilleurs Canadiens). Tout cela en tout cas, au détriment de la démocratie !

Car pour éviter la tyrannie, il faut qu'une société garde la possibilité de se mobiliser collectivement et de faire contrepoids aux gredins et despotes qui risquent de se présenter devant nous... Cette capacité de nous mobiliser et de nous rassembler existera-t-elle encore demain ?

lundi 28 mars 2011

Vive Emmanuel Bilodeau !

Emmanuel Bilodeau présentait son «discours» pour le prix du meilleur acteur lors du Gala des Jutra (les prix du cinéma québécois) à l'émission Tout le monde en parle hier. Rappelons que ce prix fût remporté par Claude Legault. C'est pourquoi Bilodeau n'a pu le dire «live» lors du gala...

Reste que ce discours, mi-cynique, mi-comique, rend bien compte de notre déprime politique. Bilodeau y dénonce l'inculture des conservateurs fédéraux et la gravité du «vol collectif» opéré par les libéraux de Jean Charest en ce qui concerne l'exploitation de nos richesses naturelles et la corruption qui entache tout le processus décisionnel... Ça fait du bien à entendre.

mercredi 23 mars 2011

Remember Tommy Douglas.


Le physicien et auteur Canadien-anglais Vincent Lam vient de publier une biographie de Tommy Douglas... Je me permets d'insister sur ce livre d'abord parce que son auteur fût précédemment primé dans le ROC (rest of Canada), mais surtout parce que Tommy Douglas (ex-1er ministre de la Saskatchewan et 1er chef du NPD fédéral), qui fût proclamé par un méga-sondage de la CBC il y a quelques années «The Greatest Canadian» off all time est aujourd'hui une figure menacée de tomber dans la désuétude ou le folklore...

En effet, les conservateurs de Stephen Harper sont en position de force pour obtenir une majorité parlementaire le 2 mai prochain. Or, le conservatisme de M. Harper est-il vraiment canadien ? On peut se poser la question. Depuis que M. Harper a pris le contrôle de la droite au Canada, il a abandonné l'étiquette «progressiste» (les red Torys comme Joe Clark n'ont plus de véhicule politique) et c'est son courant réformiste, fortement imprégné d'une religiosité, d'une droite morale, sociale et économique qui n'est pas vraiment distincte de celle qui domine le parti républicain américain depuis l'ère Reagan qui a pris sa place...

Que dirait le grand philosophe conservateur canadien George Grant (le Grand oncle de Michael Ignatieff...) de la montée de Harper au Canada ? Je ne peux faire parler les morts, mais Grant s'inquiétait grandement dans son ouvrage-phare, Lament for a nation, publié dans la décennie 1960, de l'érosion de la différence canadienne et de l'américanisation galopante qui l'accompagnait. Il suggérait à cet effet une forme de partenariat avec les Canadiens-français puisque ces deux sociétés avaient selon lui le soucis de préserver leur différence en Amérique. Est-ce encore le cas pour le Canada-anglais ? Je commence à en douter, considérant la montée des conservateurs en Ontario, dans le centre et même au B.C.

(Le Québec, qui est la seule province où les conservateurs ne sont pas en avance ou en position de force, serait-il alors considéré par Grant ou Douglas, comme le dernier défenseur de la différence canadienne ? Méchant paradoxe !)

Revenons à Tommy Douglas, figure mythique du Canada. Son prestige est grand puisqu'il est associé au socialisme démocratique, à l'assurance-maladie publique et aux droits civils, mais toutes ces «valeurs canadiennes» sont de plus en plus flouées ou menacées par le conservatisme dur de M. Harper. Tommy Douglas devient donc d'autant plus une sorte de vernis qui permet aux Canadiens de maintenir leur différence par rapport aux États-Unis à un moment où cette différence est de plus en plus ténue, sinon insignifiante... Le vernis craque !

Nous touchons là à un autre paradoxe, celui évoqué par Alexis de Tocqueville au XIXe siècle : les nations insisteront de plus en plus sur leurs différences dans la modernité car l'ère moderne en est une d'homogénéïsation des cultures et des sociétés...

Revenir à Tommy Douglas par la lecture inciterait peut-être nos voisins canadians à reprendre contact avec un idéal démocratique porteur qui les différenciait vraiment de leurs voisins du sud...

mardi 22 mars 2011

Une pensée du quotidien ?

Il est peut-être temps de réfléchir à la pertinence de ce blogue et de proposer un bilan. Lorsque je l'ai lancé, je me suis dis que j'allais chercher à m'extirper du strict événementiel, de l'anecdotique et du superficiel pour offrir à mes (peu nombreux) lecteurs un peu de recul, de perspective, bref, des idées plutôt que des opinions...

Je sais que je n'ai pas toujours réussi et que j'ai moi aussi trop souvent succombé «au bruit» ambiant. Mais il reste que mon ambition demeure, surtout devant les événements qui nous assaillent... Comment offrir une pensée tout en puisant dans le fil de l'actualité ?

(Par exemple, cette semaine, le NPD hésitera à faire tomber le gouvernement Harper parce que celui-ci demeure en avance dans les sondages, que sa caisse électorale est pleine et immensément plus importante que celle de ses adversaires et que le principal champ de bataille canadien - l'Ontario - est en train de passer sous leur emprise... On peut donc dire que nos politiciens fédéraux sont eux aussi aux prises avec cette pensée du court terme qui fait que la nécessaire réflexion, «l'éthique de conviction» selon Max Weber, peut facilement prendre le bord parce qu'elle est trop exigente...

Il est en effet plus téméraire de déclencher des élections, avec moins d'argent en plus, et de chercher à convaincre les électeurs (eux aussi emprisonnés dans la logique des événements «impensés») de la nécessité de freiner ce gouvernement dangereux plutôt que de chercher à lui soutirer quelques concessions pour prolonger sa durée de vie...)

Voyez comment il est difficile de proposer une réflexion originale face aux événements qui défilent... Et comme peu de médias réussissent ce mandat (ne parlons pas de nos politiciens), je me suis dit qu'un simple voisin pouvait contribuer à élever le discours... Je m'aperçois que l'ambition est grande et le mandat lourd.

Mais je ne lâche pas prise et à terme, je continue de croire qu'une pensée puisse émerger de ce discours du quotidien. Peut-être que cela nécessitera quelquefois des pauses plus soutenues quant à la fréquence des interventions ?

Va savoir, comme disait Réjean Ducharme...

lundi 21 mars 2011

Appalaches.

J'aime Richard Séguin. Pas toujours, je ne suis pas un inconditionnel, mais j'aime l'homme, son regard, sa voix, son style. Et son dernier disque. Comme pour le précédent (lettres ouvertes), il faut souligner la qualité de l'enregistrement : on y sent la proximité de la voix, on y entend les pincements de cordes... et la richesse des arrangements !

L'américanité du Québec se ressent fortement chez Séguin, tant dans le choix des instruments que dans les paroles - protests songs à la Springsteen ou à la Mellencamp. Redécouvrez-le, Richard Séguin est sorti des années 1980. Il a une force plus contenue et un son plus americana.

Et puis j'aime bien l'entendre dire : «j'suis pas un chanteur, mais un homme qui chante»...

vendredi 18 mars 2011

Après la Libye, le Bahreïn ?

Le colonel Kadhafi semblait reculer après le vote (historique !) d'hier de la part du Conseil de sécurité de l'ONU autorisant des frappes et des sanctions contre les éléments de l'armée libyenne pro-Kadhafi prêts à écraser leur population civile.

Il semble que le déblocage tardif du Conseil soit attribuable à une résolution de la Ligue arabe demandant une zone d'exclusion aérienne pour protéger les insurgés... Le test que j'évoquais il y a quelques semaines est assez réussi.

Reste qu'en arrêtant son offensive, Kadhafi renforce son pouvoir de négociation... Il aurait (presque) été préférable qu'il continue dans son entêtement, cela aurait favorisé sa chute...

Et après la libye, pourquoi pas Bahreïn, où la répression sanglante est en cours (plusieurs images tournées sont épouvantables, je préfère ne pas vous donner les liens...). Ce petit Émirat dirigé par une dynastie sunnite dans un territoire à majorité chiite a beaucoup moins de chances de se faire sanctionner car c'est un protégé de l'Arabie saoudite. Mais comme l'Iran cherche à devenir une puissance régionale en soutenant les chiites du monde entier, il est possible que la répression bahreïnie enclenche un crescendo inquiétant qui pourrait favoriser l'isolement du régime et de son allié saoudien...

Le printemps arabe n'est pas fini, mais jusqu'ici, il me fait dire que quelque chose de positif en émerge :

- la communauté. internationale existe et l'ONU démontre qu'elle est capable (quelques fois) d'agir...
- la Ligue arabe n'est plus impuissante et complaisante, elle est peut-être en train d'évoluer elle aussi sous la pression de la «rue arabe».
- la politique étrangère des USA bénéficie de la présence d'Hillary Clinton, qui semble avoir été plus pro-active que son Président dans cette crise...

jeudi 17 mars 2011

Les cendres de verre.

Un documentaire musical portant sur un des groupes québécois de l'heure - Karkwa - sera projeté dans le cadre du FIFA .


C'est peut-être une façon originale d'entrer en contact avec leur univers parfois obscur, mais aussi aérien, beau et fondamentalement rock, malgré une certaine douceur dans les mélodies et arrangements...

Pour en savoir plus, cliquer ICI et ICI.

mardi 15 mars 2011

Israël-Palestine : impasse éternelle ?

Un attentat contre une famille de colons israéliens établis en Cisjordanie risque de compromettre la «relance» des négociations et de conforter l'actuel gouvernement israélien dans son refus de négocier et sa volonté (fuite en avant !) de poursuivre la colonisation des territoires palestiniens. Quand les groupes palestiniens comprendront-ils que le terrorisme est leur pire ennemi ?

Reste que cette impasse devient de plus en plus complexe... La poursuite de la colonisation des territoires palestiniens par Israël, au mépris du Droit international et des résolutions onusiennes, rend l'éventualité d'un État pour les Palestiniens de plus en plus improbable... Quel territoire restera-t-il ? Et comme les colons juifs occupent de plus en plus les meilleures terres de Cisjordanie, incluant Jérusalem-est, supposée devenir la capitale du futur État palestinien, on peut se demander si la solution des 2 États demeure possible...

Cet article publié dans Dissent évoque le fait que la solution d'un seul État pour les 2 peuples serait peut-être plus prometteuse et réaliste que la solution dominante envisagée depuis 1990, soit la solution des 2 États... J'avoue avoir toujours été dubitatif à propos d'une grande confédération israélo-palestinienne, considérant que l'identité juive d'Israël était une garantie de sécurité culturelle et politique nécessaire à la paix dans la région. Mais plusieurs facteurs semblent illustrer que la solution des 2 États devient de plus en plus désincarnée par rapport à la réalité du terrain :

- le déclin du nationalisme palestinien constaté depuis l'échec du Processus d'Oslo;
- l'enchevêtrement des deux populations de part et d'autre de la «ligne verte» (frontières devant séparer les 2 États aux yeux du Droit international);
- le nombre de plus en plus important de Palestiniens - citoyens d'Israël ou non -entretenant des relations correctes avec des Juifs du côté israélien et la volonté croissante des arabes de Jérusalem-est de devenir citoyens d'Israël;
- la force du mouvement des colons qui fait qu'il sera de plus en plus difficle de déplacer ces implantations illégales et de ramener ces colons du «bon côté de la frontière» sans créer une atmosphère de guerre civile en Israël...
- la faiblesse et le discrédit du leadership palestinien;

Tous ces facteurs semblent militer en faveur de la solution d'un seul État où les deux peuples pourraient cohabiter. Mais ceci ne tient pas compte de l'importance de l'identité juive d'Israël, qui serait tôt ou tard compromise par le haut taux de natalité des Palestiniens... La solution à un seul État ne ferait donc que repousser une dynamique malsaine déjà en cours...

Alors, que faire si la solution des deux États est possible sur papier mais pratiquement irréalisable sur le terrain et que la solution à un seul État apparaît comme plus réaliste sans être un gage de paix ???

Disons qu'une option épouvantable se dessine, celle d'un «échange» de populations et de territoires : les Palestiniens citoyens d'Israël quittent Israël pour les colonies juives des territoires occupés et les colons juifs retournent en Israël... Ce drame évoque la création du Pakistan où des millions de musulmans et d'hindous, refusant d'être des minorités, se sont dirigés vers le pays où ils allaient être majoritaires... Et cet exemple historique n'est pas des plus réjouissants... quoique peut-être préférable à l'évolution actuelle du conflit israélo-palestinien.

vendredi 11 mars 2011

À lire...

- Ce texte de Martin Pâquet, qui nous enseigne que la langue est plus qu'un simple instrument de communication. Sans quoi nous choisirions l'anglais, n'est-ce pas M. Charest ?

- Et ce papier de Akos Verboczy : parlons français !

jeudi 10 mars 2011

Préserver la beauté du Stade...


Le stade de soccer Saputo sera aggrandi. J'espère que quelqu'un dans cette ville sait encore apprécier la beauté et a pensé à préserver le seul angle par lequel le Stade olympique de Montréal est beau : par derrière ! C'est comme ça que j'aime mon stade, c'est comme ça qu'il est le plus beau. Et on viendrait construire en hauteur de façon à bloquer la perspective toute en courbe qu'il nous offre ?

Come on ! Y a-t-il un architecte ou un urbaniste à Montréal qui peut se faire entendre ?

mercredi 9 mars 2011

Marine Le Pen en avance ?


Une série sondages menés par Le Parisien présente Marine Le Pen, leader de l'extrême-droite française (Front national) comme bonne 1ère pour le 1er tour des élections présidentielles de 2012.

Et toute la classe médiatique française de commenter, spécialistes «politologues» comme politiciens... Outre Rue 89, peu se soucient de la méthodologie du sondage, mené par Internet...

Pourtant, les médias peuvent modifier la teneur du débat et l'importance des candidatures en lice par leurs «constructions médiatiques» ainsi créées. Par exemple, Ségolène Royal a été évacuée des candidatures potentielles de la gauche dans ce sondage. Est-ce une volonté de la mettre à l'écart ? Et Marine Le Pen, quel est son véritable appui ? N'a-t-on pas monté en épingle sa popularité parce que son intérêt médiatique est justement plus vendeur ? N'y a-t-il pas un risque que cela contribue à forger l'opinion publique ?

«La fabrication du consentement» et la course à la nouvelle sont en train de pourrir l'espace médiatique. Un peu de recul et de sens critique s.v.p.

mardi 8 mars 2011

Islamophobie aux USA; Québécophobie au Québec !

Voir cet article de Richard Hétu à propos de la montée de l'islamo-phobie aux USA, qui atteint des sommets de délire...

Et ce passage de l'émission Huis-clos à Télé-Québec. Un autre reflet de ce qui parsème notre univers médiatique. Et une fois de plus, ce discours «fédéraliste» qui se construit sur le mépris du Québec. Mais cette fois, il provient d'une p'tite fille bien de chez nous... J'imagine que son fils s'appelle Elvis Bernier !

La haine des autres, la haine de soi... Félix Leclerc chantait : «l'ignorance a le mépris facile ...»

Consultations-bidons

Le rapport du BAPE (Bureau d'audiences publiques en environnement) sur l'exploitation des gaz de schiste est attendu aujourd'hui. Est-il possible que le BAPE puisse conclure à la nécessité d'un moratoire, étant donné les nombreuses inquiétudes légitimes soulevées à propos de l'eau et de la sécurité des populations environnantes ?

J'en doute. Comme pour la Commission Bastarache, la nouvelle façon de lancer des consultations dans notre démocratie étriquée est de baliser de façon extrêmement serrée le mandat de la consultation, quitte à évacuer les questionnements fondamentaux. La Commission Bastarache ne pouvait se pencher sur le financement illicite des partis politiques, pourtant au centre du processus douteux de nomination des juges.

En ce qui concerne les gaz de schiste, le gouvernement Charest a circonscrit le mandat du BAPE : celui-ci ne pouvait évaluer la pertinence de l'exploitation des gaz de schiste face aux autres filières énergétiques. Son mandat était de consulter sur la manière d'exploiter cette ressource...

J'espère être surpris... Mais quand la consultation est bidon et que le résultat est téléguidé, que peut-on faire ? Que doit-on faire ? Peut-être sortir le 12 mars !

lundi 7 mars 2011

Vers la souveraineté alimentaire.

Regardez cet épisode de La semaine verte et vous verrez que ce qui guette l'humanité est une véritable crise alimentaire mondiale...

Dans l'optique de la crise énergétique (et de la fuite en avant des gaz de schiste), il conviendrait peut-être de nous concentrer à développer ici une agriculture à plus petite échelle, capable de favoriser le développement économique et démographique de nos régions tout en nous permettant de nous protéger contre une crise alimentaire annoncée. Le Québec serait alors une société moins fragilisée que les autres. Mais pour opérer ce virage, il faudrait appliquer certaines recommandations du Rapport Pronovost : valoriser l'agriculture du terroir; mettre fin au monopole de l'UPA dans le domaine agricole; développer une politique de l'eau qui priorise le citoyen et l'agriculture devant l'industrie minière ou gazière...

Lourd programme. Mais vital !

jeudi 3 mars 2011

Pour Lucien Bouchard...

Voici un extrait d'Infoman puis un lien menant à une série d'études pour le moins inquiétantes concernant l'exploitation des gaz de schiste.

Pour Lucien Bouchard, qui dit être devenu porte-parole de l'industrie gazière pour le bien du Québec et de ses enfants...

mercredi 2 mars 2011

La diplomatie française en crise (2).

On disait hier qu'Alain Juppé venait au secours du Ministère des affaires étrangères français, en pleine crise pour avoir soutenu démesurément les dictatures du Maghreb et du Machrek. Et que c'est Nicolas Sarkozy qui devrait porter le blâme d'une telle déroute diplomatique.

En fait, la complaisance et les relations privilégiées entretenues entre la France et ces «républiques» autoritaires du monde arabe ne datent pas d'hier. Mais Sarko est quand même le 1er Président français à rompre avec le Gaullisme en relations internationales, et ça, ce doit être souligné.

Charles de Gaulle a développé une politique internationale cohérente et responsable qui a été essentiellement suivie par les gouvernements successifs de la France, de gauche comme de droite, jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007.

De Gaulle s'est retiré du secteur militaire de l'OTAN en 1964 en faisant de la France une puissance nucléaire. Ceci lui donnait les moyens de ses ambitions, c-à-d décider par elle-même de ses objectifs et déployer sa force si nécessaire, n'étant plus sous la protection du «parapluie nucléaire» états-unien. Nicolas Sarkozy vient de réintégrer l'OTAN, avec tout ce que cela implique comme avantages et inconvénients pour la France étant donné le principe d'intérêts et d'assistance mutuels du traité.

De Gaulle a développé une politique extérieure qu'il qualifiait de «3e voie» : entre celle des USA et de l'URSS, tout en demeurant un fidèle allié de l'Occident et des USA en particulier. Ce principe s'est entre autres illustré lors de la Guerre des Six Jours entre Israël et ses voisins en 1967. De Gaulle condamne alors cette guerre déclenchée selon lui par Israël, sans pourtant empêcher une livraison d'arme à l'État hébreux. Il semble alors vouloir envoyer un message ambigü. Mais nous pouvons analyser cette politique de la façon suivante : de Gaulle considérait le droit à l'existence d'Israël comme non-négociable, mais les conquêtes territoriales de 1967 faisaient d'Israël le pays dominant selon lui, brisant l'équilibre nécessaire à la paix dans la région. De Gaulle a affirmé lors du déclenchement des hostilités en 1967 : Israël est notre ami, mais plus notre allié...

Ce positionnement stratégique a fait de la France un pays incontournable pour la stabilité régionale. Mitterrand a «sauvé» l'OLP et le Liban de la puissance du feu israélienne en 1982. La France est la principale responsable de la mission onusienne au sud-Liban et sans doute la seule puissance capable de servir de force d'interposition crédible entre Israël et le Liban. Ceci est un héritage gaulliste, entretenu par tous ses successeurs, jusqu'à Sarkozy...

En effet, ce dernier a orchestré un virage pro-israélien plus prononcé, en plus de permettre le développement et le renforcement des relations françaises avec les dictatures arabes. Sarkozy, avec son Union méditerranéenne, a fait d'Hosni Moubarak une figure centrale de son projet... Et ses ambassadeurs qui n'entretenaient pratiquement aucun lien avec les mouvements d'opposition démocratiques... Et ses ministres qui copins-copinent avec la clique au pouvoir dans tous ces régimes...

Décidément, Nicolas Sarkozy est une homme qui transforme la politique étrangère française, au mépris d'une tradition gaulliste futée et fort utile au maintient d'«une certaine idée de la France», comme disait de Gaulle...

mardi 1 mars 2011

La diplomatie française en crise.

Le Président français Nicolas Sarkozy vient de procéder à un remaniement ministériel pour pallier à la crise qui secoue particulièrement son Ministère des affaires étrangères depuis que le monde arabe bascule de révoltes en révolutions... Nous qui croyions que la France avait une meilleure connaissance du monde arabe (que de ce côté-ci de l'Atlantique) et une politique étrangère plus équilibrée, nous venons de prendre conscience que cette «connaissance du monde arabe» reposait en fait sur des relations privilégiées entretenues avec les dictatures de la région...

L'ex-ministre des affaires étrangères Michelle Alliot-Marie est à l'origine de la crise diplomatique avec ses déclarations choquantes... Dans le contexte des revendications démocratiques en Tunisie, elle a offert que «le savoir-faire français, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires»... Elle a même suggéré «de permettre dans le cadre de nos coopérations d'agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité».

Pour se sortir de cette bourde, elle a choisi les omissions et les mensonges avant d'être démise cette semaine et remplacée par Alain Juppé ! Juppé est un personnage fort controversé (condamné pour une histoire d'emplois fictifs, il a «purgé sa peine» au Québec en enseignant à l'ENAP il y a quelques années), mais il a le mérite de l'expérience et de la nuance... En plus d'être une figure passablement critique de Sarkozy depuis 2 ans au sein de la droite... Il fût entre autres un des 1ers à s'insurger contre la réévaluation par Sarkozy (sous pressions de Paul Desmarais...) de la politique du NI-NI : non-ingérence et non-indifférence à l'égard du projet de souveraineté du Québec. Juppé est donc un ami du Québec puisqu'il favorise la politique de l'accompagnement, quelque soit l'option constitutionnelle favorisée par les Québécois. Alors que Sarkozy plaidait pour l'unité canadienne, qualifiant même l'option souverainiste de sectaire (!)

Donc, le principal responsable de cette faillite de la diplomatie française est le Président Sarkozy. Reste à voir si Alain Juppé pourra redresser la crédibilité perdue de cette puissance diplomatique qu'a déjà été la France...

samedi 26 février 2011

Le début de quelque chose...


Tout ce qui se brasse du côté du monde arabe pourrait-il inspirer chez nous un sursaut démocratique ? C'est à espérer.

Car notre regard sur le monde arabo-musulman est tordu depuis le début de la décennie 1990, par un courant fort articulé mais inquiétant qui a émergé, particulièrement aux USA : le néo-conservatisme. Ce courant cherchait à réaffirmer la supériorité morale de l'Occident sur les autres civilisations de notre planète, en critiquant de haut la «civilisation musulmane», supposée incapable de rationalité ou imperméable à la démocratie. Ce regard biaisé et simpliste (où situer l'Indonésie ou la Turquie dans cette civilisation supposément homogène ?), a longtemps été coupable d'appuyer des Tyrans comme Saddam Hussein, la famille Saoud, Moubarak, Ben Ali, Kadhafi, Bouteflika et tant d'autres - sous prétexte que ces dictatures servaient de remparts contre l'islamisme.

Or, c'est la rue arabe qui nous rappelle ces jours-ci l'importance de la mobilisation collective face à l'État. Et ce sans que l'islamisme y soit pour une grande part dans la majorité des pays sous secousses démocratiques...

Chez nous, près de 250 000 personnes ont signé une pétition appelant le 1er ministre Jean Charest à démissionner, étant donné son entêtement à ne pas vouloir déclencher une Commission d'enquête publique dans la construction et l'octroi de contrats gouvernementaux ainsi que son refus à imposer un moratoire avant de nous lancer dans l'exploitation des gaz de schiste...

Sommes-nous capables de passer de la parole aux actes ? Un simple clic à partir de Facebook ou Twitter peut-il chez nous aussi, mener à une mobilisation extraordinaire pour réclamer la démission de Jean Charest ?

Un collègue de travail à moi vient de lancer l'initiative : le 12 mars prochain, passez de la parole aux actes et venez DANS LA RUE manifester votre colère contre la corruption et l'aveuglement de notre premier ministre ! (Lieu : Place du Canada, coin René-Lévesque et Peel - Date/heure : samedi 12 mars 2011 12:00)

Ce pourrait être le début de quelque chose... Notre version 2.0 du printemps arabe...

jeudi 24 février 2011

Kadhafi : un test pour la Communauté internationale.


Le Colonel Kadhafi, qui s'accorche dangereusement au pouvoir en Libye depuis que sa population a enclenché les protestations dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne est un test pour la Communauté internationale.

Dans les années 1990, une série d'interventions dites «humanitaires» ont été autorisées par l'ONU dans le but de protéger des populations civiles identifiées comme victimes ou cibles de conflits armés. L'opération la plus connue fût lancée en ex-Yougoslavie pour «protéger» les populations de Bosnie contre les milices serbes... Ces missions ont été et avec raisons, fortement critiquées, parce qu'elles ont souvent favorisé l'objectif d'expansion territoriale d'une Grande Serbie en contribuant à déplacer des populations civiles pour éviter des massacres... Leur inefficacité et le ridicule de leur mandat (mission de «maintien de la paix» en terrain de guerre !) y est aussi pour beaucoup dans toute la réévaluation de ce type de missions. C'est pourquoi nous ne parlons plus du «Droit d'ingérence humanitaire» mais de la «Responsabilité de protéger» les populations civiles devant des régimes qui faillissent à le faire ou menacent leurs populations.

Reste que l'ambition de la Communauté internationale et le rôle de l'ONU demeurent associés à cette responsabilité : préserver la paix et la sécurité, valoriser la vie humaine et protéger les civils en zones de conflit. Les zones d'exclusions aériennes autorisées par l'ONU en Irak durant toute la décennie 1990 avaient pour but d'empêcher le régime de Saddam Hussein de bombarder sa population d'origine kurde, reconnue comme hostile à son autorité.

Le sanguinaire et orgueilleux colonel Kadhafi a un parcours politique semblable à celui de Saddam Hussein. Il est arrivé au pouvoir en 1969 sous une étiquette plutôt nationaliste arabe. Dans la décennie 1980, la Libye est devenue un État subventionnaire du terrorisme international et promoteur d'un anti-occidentalisme notoire. Peu à peu, le régime Kadhafi a glissé en réislamisant son espace politique. Puis sa rhétorique est devenue pan-africaine et anti-terroriste après septembre 2001, pour redevenir fréquentable... Aujourd'hui, devant cette extraordinaire démonstration de force de caractère et de courage des populations arabes, il s'apprête à mourir en Martyr...

Il y a un autre parallèle à faire entre Saddam et Mouhamar Kadhafi: les deux ont, au fil du temps, mis en place un pouvoir autoritaire et centré sur leurs clans. (Voir cet excellent article sur la question des tribus en Libye)

Que fera la Communauté internationale ? Et les régimes arabes en transition comme l'Égypte et la Tunisie, les deux voisins immédiats ? C'est un véritable test pour la crédibilité de l'ONU, des USA et de la ligue arabe...

mercredi 23 février 2011

«Le Québec: ce que l'humanité a de mieux...»

«Le Québec: ce que l'humanité a de mieux à offrir».

C'est Jean Charest qui a dit ça lors de son délirant discours inaugural aujourd'hui à l'Assemblée nationale...

Que voulait-il dire ? Que nous pouvons inspirer le reste de l'humanité par ... Notre corruption qui gangrène tout le processus décisionnel du national au municipal ? Le népotisme ? Peut-être pourrions-nous exporter le langage vide et mensonger de notre 1er sinistre qui dit ce que l'on veut entendre (en environnement par exemple) en posant des gestes contraires ? Ou encore diffuser une conception instrumentale de l'éducation et de la langue où le savoir doit nécessairement être cool et high tech (tous les profs auront un tableau blanc intelligent et un portable !) et en anglais (50% de la 6e année en anglais d'ici 5ans)?

Mais fallait-il vraiment espérer autre chose que le déni et la fuite en avant ? Peut-être que Charles Sirois de la nouvelle Coalition pour l'avenir du Québec pourrait s'allier avec les libéraux de Jean Charest : ils ont tous les deux un goût prononcé pour ce qui est «à la mode» en plus de priser les écarts entre le propos et l'action...

Charles Sirois, la coquille vide.

Lors de la 1ère conférence de presse de la Coalition pour l'avenir du Québec, l'accolyte de François Legault, Charles Sirois, se fait poser la question suivante : «Que pensez-vous du projet du gouvernement fédéral de faire une seule Commission des valeurs mobilières, malgré l'opposition du Québec ?»

M. Sirois, qui ne semble pas avoir lu son propre manifeste dans lequel on insiste sur l'importance de réaffirmer notre nationalisme économique et de maintenir des sièges sociaux ou centres de décisions dans ce domaine, répond qu'il n'a pas d'opinion sur le sujet...

Et M. Legault qui voulait évacuer la question nationale du débat... C'est bien parti !

lundi 21 février 2011

La coalition pour l'avenir du Québec.

Ça y est ! Contrairement à mes prédictions, François Legault a finalement lancé son mouvement politique : La Coalition pour l'avenir du Québec est née...

Son «programme» est publié ICI et sera sujet à discussion (tournée pan-québécoise) d'ici à ce que le tout se transforme en plateforme d'action l'automne prochain.

Il y a d'excellentes choses sur lesquelles j'ai souvent discouru dans ce blogue à propos de ce mouvement politique :

- L'impasse créée par notre double-échec politique, échec à réformer le fédéralisme canadien et échec à faire du Québec un pays; cette impasse doit être surmontée en cherchant à revenir à l'essentiel: Faire du Québec une nation capable d'intégrer ses immigrants en français; valoriser notre culture nationale et en faire un pôle d'attraction incontournable de notre identité.

- Revaloriser l'éducation et en faire une priorité nationale (je remarque que le texte du Manifeste de M. Legault questionne entre les lignes le pédagogisme débilitant de notre Ministère de l'éducation qui forme des cancres comme profs au secondaire, c'est bon signe : il y a au moins un discours sur la nécessité de l'effort et sur celle d'investir dans les profs comme dans le réseaux).

- L'idée avancée de revenir à un certain nationalisme économique me fait aussi plaisir, mais son contenu m'apparaît pour le moment un peu creux. Si ce nationalisme impliquait une réappropriation de nos ressources naturelles qui sont dilapidées et contrôlées par des capitaux privés contribuant aux partis au pouvoir, vous m'en verriez satisfait, mais le discours de M. Legault demeure évasif sur la question et l'entourage de sa coalition embryonnaire n'a rien pour me rassurer sur ce sujet...

Enfin, (mais nous y reviendrons sûrement), il n'y avait rien dans la conférence de presse de M. Legault sur l'environnement et sur la nécessité d'opérer un virage vert dans le domaine économique et énergétique pour faire du Québec un pôle de développement d'avenir en Amérique du Nord. Ceci m'apparaît quelque peu déphasé... et pour le moins décevant !

Maintenant, ceci demeure pour le moment un mouvement qui lance une vaste consultation. À vous de lui inculquer une direction !

Mais l'idée déjà avancée en ces pages d'une Grande coalition pour le changement est toujours envisageable... Sans quoi le cauchemar de 2007 (des libéraux corrompus et déconnectés reportés au pouvoir à cause de la division du vote d'opposition) peut tout aussi bien se reproduire...

vendredi 18 février 2011

Chris Christie : l'après-Obama.

Je vous ai parlé l'année dernière de Chris Christie, le Gouverneur du New-Jersey, comme une figure potentielle pour «battre Obama» du côté républicain en 2012. En tout cas, il apparaît pour moi beaucoup plus dangereux que Sarah Palin. C'est un homme intelligent, articulé, drôle et populiste à souhait. Un genre de Reagan gros format ou encore un Régis Labeaume américain (avec tout ce que ça implique en proportions...).

Eh bien Chris a annoncé qu'il n'était pas prêt pour la présidence en 2012 et que sa femme le tuerait s'il osait briguer la candidature républicaine... Mais son discours et la façon qu'il a de le tenir demeurent, et je crois fortement que c'est ce genre de personnalité qui émergera dans l'après-Obama.

Harper et le Parlement.


Stephen Harper est un homme dangereux, particulièrement parce que sa manière de gouverner se situe largement dans la rigidité. L'axe de la rigidité en politique est indépendant de l'axe gauche-droite, il serait donc un «axe vertical»:

Cet axe se rapporte aux façons d'exercer le pouvoir et aux rapports que la formation partisane favorisera entre l'État et la société civile. La position de la Rigidité sur cet axe se détermine ainsi :
- Le parti sera prêt à utiliser la violence, à réprimer la dissidence, à chercher à discréditer ses adversaires plutôt que (dans la souplesse) débattre sereinement d'enjeux où de visions opposées qui s'affrontent...
- Le pouvoir y sera concentré au sein d'un groupe restreint et il sera centralisé, sans contrepoids indépendants.
- La société civile sera de plus en plus dépendante de l'État, ou pire encore, dans l'extrême-rigidité, elle n'existera plus. Seul l'État occupera toute la scène, les individus agiront seuls face à l'État, sans associations libres pouvant les défendre et les informer pour qu'ils puissent exercer leurs libertés.

Or, si vous lisez un peu sur la question ces temps-ci, tous les feux sont au rouge en ce qui concerne les rapports que Stephen Harper entretient avec le Parlement: le pouvoir central de notre système politique, le lieu par excellence de surveillance et de contrôle du gouvernement; le détenteur de la «souveraineté» et le lieu d'émanation de la volonté populaire. Stephen Harper méprise cette institution, il met fin à ses travaux lorsqu'un vote de confiance risque de le faire tomber (!); il ment effrontément aux députés et aux comités parlementaires qui le questionnent; il cache des informations, il falsifie des documents; réprime les personnalités et organismes qui ne pensent pas comme lui, etc. Que voulez-vous de plus ?

Qu'on parle en plus de son idéologie réactionnaire, de sa vision créationniste de la vie humaine, de sa volonté de transformer la culture au Canada ?

Chantal Hébert publie aujourd'hui un papier dans le Toronto Star qui affirme que la crise actuelle (le gouvernement Harper est accusé d'outrage au Parlement parce que la ministre Bev Oda a falsifié un document et a menti devant les comités parlementaires) est un meilleur argument pour déposer une motion de non-confiance et déclencher des élections : le gouvernement Harper constitue une menace à notre système démocratique parce qu'il opère un travail de sape et d'affaiblissement des différents contre-pouvoir existants dans un régime parlementaire.

jeudi 17 février 2011

La culture au coeur du développement.

Agenda 21C
Le Ministère de la culture du Québec (oui oui, notre ministre Christine St-Pierre peut lancer des initiatives prometteuses et s'abstenir de dire des âneries pendant quelques temps...) décide de lancer une série de consultation devant mener à la formulation d'un AGENDA 21 pour la CULTURE : l'Agenda21c.

L'idée est de mettre la culture au coeur du développement économique et social et de l'intégrer dans toutes les sphères de décision, comme c'est le cas avec le concept de développement durable pour l'environnement.

Il me semble que l'initiative mérite d'être soulignée. Surveillez les consultations menées par l'INM. (Voir ICI et ICI)

J'ai toujours considéré que notre société devait mettre la culture au coeur de son développement, particulièrement dans le domaine de l'éducation où sa place pourrait être beaucoup plus imposante tant dans le cursus scolaire que dans le parascolaire (avec les sports sur lesquels nous reviendrons un jour...).

La culture est notre principale richesse naturelle inépuisable : elle constitue le coeur de notre originalité en Amérique et représente aussi un domaine d'innovation important que nous sommes loins d'investir suffisamment il me semble.

Allons-y donc pour quelques fleurs à cette initiative de l'Agenda21c !

mardi 15 février 2011

David Cameron et le multiculturalisme.

Le 1er ministre britannique David Cameron impressionne par sa franchise depuis son arrivée au pouvoir. Il a entre autres commis un incident diplomatique lors de sa visite en Inde en accusant le Pakistan d'être complaisant envers le terrorisme islamique dans la région et d'être en partie responsable des difficultés de la mission militaire de l'OTAN en Afghanistan (vérité souvent évitée en diplomatie...).

Dans l'extrait ci-bas, il discute franchement des dérives de la politique du multiculturalisme, politique officielle longtemps favorisée par tous les partis politiques britanniques. Cette réévaluation du multiculturalisme semble d'ailleurs se généraliser en Europe : les Pays-Bas reviennent à la nécessité d'établir des balises claires (maîtrise de la langue, adhésion à certaines valeurs jugées fondamentales, etc.) permettant de mesurer une bonne intégration des immigrants; la chancelière allemande Angela Merkel vient de proclamer «l'échec du multiculturalisme» dans son pays.

Écoutez David Cameron, vous verrez qu'il proclame lui aussi l'exigence pour toutes sociétés d'établir clairement ce que Fernand Dumont appelait «nos raisons communes», c-à-d les éléments qui constitueraient la base de notre culture publique commune...

En espérant que ce débat qui est lancé en Europe puisse aussi influencer notre propre impasse multiculturelle (voir la rubrique d'hier...).

lundi 14 février 2011

Le bilinguisme «canadian».

Yves Boisvert rend compte ce matin dans La Presse d'un sondage sur le bilinguisme au Canada. Plusieurs paradoxes ressortent de celui-ci :

- D'abord, les Québécois - les plus bilingues d'entre tous au pays - ressentent que le français est menacé au Québec et que le bilinguisme canadien se porte plutôt mal; mais ils reconnaissent qu'il est très important de maîtriser l'autre lange officielle.
- De leur côté, les Canadiens-anglais perçoivent leur pays comme réellement bilingue, mais ne considèrent pas important de maîtriser le français...

Il semble donc que les «deux solitudes» perdurent dans les esprits. L'article d'Yves Boisvert ajoute que les Québécois considèrent maintenant que ce n'est plus «les Anglais» mais bien le multiculturalisme qui menace le fait français au Québec. Et Boisvert de conclure que cette crainte à l'égard du multiculturalisme est reliée aux revendications religieuses des nouveaux arrivants : «L'identité québécoise canadienne-française a été construite autour de la langue et de la religion catholique. Voir s'affirmer d'autres religions avec autant de ferveur, c'est remettre en question l'identité. C'est donc menacer la langue...»

Je rajouterais qu'il y a quelque chose de plus profond qui se profile derrière cette crainte posée par la politique canadienne du multiculturalisme : en l'adoptent en 1971 et en la constitutionnalisant en 1982, Pierre Elliott Trudeau faisait du Québec une communauté culturelle parmi d'autres au pays... Il brisait le projet québécois moderne (celui d'André Laurendeau, de René Lévesque, de Robert Bourassa, etc.) de FAIRE DU QUÉBEC UNE SOCIÉTÉ D'ACCUEIL capable d'intégrer ses immigrants en français !

Avec le multiculturalisme, l'immigrant qui arrive au Québec arrive en fait dans UNE nation bilingue et multiculturelle. C'est toute l'ambition de la loi 101 qui est fragilisée par cette politique hypocrite et mesquine...

Mais la faute ne relève pas que du Fédéral. Les différents gouvernements du Québec ont fini par adopter cette posture du Canada bilingue et multiculturel au Québec en communiquant souvent en anglais avec les nouveaux arrivants et en se conformant au relativisme des valeurs inhérant au multiculturalisme dans ses programmes d'éducation et ses façons d'entrer en contact avec les immigrants...

Nous y reviendrons, car la politique du multiculturalisme est de plus en plus décriée - on vient de proclamer son échec en Europe !

vendredi 11 février 2011

18 jours...

Il semble qu'Hosni Moubarak ait accepté de quitter le pouvoir... Après 18 jours de mobilisation historique ! N'est-ce pas inspirant ? Le poids du nombre existe encore !

Moubarak, le pompier-pyromane.


La rue arabe continue de se mobiliser, particulièrement en Égypte, où, devant l'entêtement d'Hosni Moubarak, le peuple demeure intraitable et réclame toujours son départ.

Bien sûr que Moubarak doit partir, non seulement parce que son autorité n'existe plus, mais également parce que sa réaction à la crise récente démontre toute son irresponsabilité et son orgueil : l'homme a décidé de se poser en «gardien de l'ordre et de la stabilité» en affirmant que son départ hâtif mènerait au chaos ! Mais on commence à comprendre que sa stratégie consiste plutôt à agir en pompier pyromane : il lance ses partisans contre les manifestants et les journalistes étrangers ou encore il utilise ce qu'il contrôle encore pour fragiliser sa succession potentielle... Bref, il tente par tous les moyens de repousser son départ. Est-ce pour protéger et transférer ses avoirs ? Pour renforcer son rapport de force avant de quitter, de façon à éviter des procès et dépossessions ?

Chose certaine, sa stratégie puise son inspiration dans un autre régime qui lui aussi, pour le moment, réussit à se maintenir : celui d'Abdelaziz Bouteflika, le Président algérien. Les deux hommes partagent maintenant une même méthode, celle de se présenter en rempart contre l'islamisme (pour bénéficier ainsi de l'appui ou de la complaisance de l'occident) tout en étant générateur de désordres à l'interne, pour pouvoir ainsi accuser les courants islamistes et démontrer au reste du monde que sans eux, le chaos ou le radicalisme triomphent... Plusieurs indications crédibles démontrent que le régime Bouteflika a commis une série d'attentats terroristes contre sa propre population dans les années 1990 pour ensuite accuser le Front islamique du salut et ses branches armées d'en être les auteurs... Il semble que de mêmes soupçons pèsent aujourd'hui sur le régime Moubarak à propos des attentats contre les Chrétiens coptes à Alexandrie le 31 décembre dernier !

Ces «fouteurs de troubles» doivent partir : ils ne constituent plus une police d'assurance contre le radicalisme islamiste (l'ont-ils vraiment déjà été ?), bien au contraire puisque leur autoritarisme et leurs régimes corrompus renforcent la crédibilité des islamistes qui contestent depuis fort longtemps et constituent aujourd'hui les groupes d'oppositions les mieux organisés... De plus, les poser en victime les aidera. Et enfin, l'appui de l'occident à Moubarak ou encore à Bouteflika (et à plusieurs autres, au 1er chef la famille régnante d'Arabie saoudite) nous discrédite aux yeux de la rue arabe, ce qui peut compromettre les chances des courants modernistes et démocratiques d'émerger dans ces pays puisqu'ils seront alors présentés comme des pantins de l'occident... Il est donc important que les USA cessent leur tergiversation et commencent à exercer une réelle pression sur ces régimes pour arbitrer une transition démocratique concertée et sérieuse, mais immédiate.

Ce qu'il y a de positif dans tout ce que l'on peut observer, c'est que malgré l'autoritarisme des régimes arabes, la société civile - «la rue arabe» - semble réellement exister et ne semble pas vouloir lâcher prise non plus... Le danger par contre, serait de «personnaliser» cette crise outrancièrement : le seul départ de Moubarak ne suffira pas, des réformes constitutionnelles profondes sont nécessaires. Et là encore, les USA, dont l'Égypte dépend de façon quasi-pathétique, peuvent jouer un rôle positif s'ils exigent plus de transparance et de résultats en ce qui concerne la transition démocratique à effectuer...

Lourd programme !

mercredi 9 février 2011

Maxime Bernier (Lord Durham) et le français.


Ne voilà-t-il pas que notre Maxime Bernier national en remet et déclare que la loi 101 est inutile. Cette loi dit-il, est l'incarnation même d'une «coercition étatique» puisqu'elle oblige les enfants des francophones et les enfants des immigrants au Québec d'envoyer leurs enfants à l'école francophone, au moins jusqu'au secondaire... (quoique depuis que les libéraux de Charest ont morcelé cette loi, si on a du $$$, on peut s'en libérer...)

Il est vrai que le Canada anglais et les USA n'imposent pas cette contrainte outrancière ! Est-ce parce que ce sont des sociétés plus «libérales», plus «justes», plus «démocratiques» que le Québec, cette société «totalitaire» ou à tendance liberticide ?

Mais non Maxime, le fait que le Canada anglais ou les USA n'imposent pas de lois linguistiques (quoique la Californie, le Nouveau-Mexique et d'autres États des USA ont adopté dans les dernières années des lois de type 101 pour proclamer l'anglais langue officielle et l'imposer dans l'affichage commercial...) si contraignantes relève simplement de la logique mathématique : ils sont assez nombreux démographiquement pour que leur langue s'impose naturellement, sans pression législative. Maintenant, le Québec est-il assez démographiquement fort en Amérique pour laisser le libre-choix en matière de langue d'enseignement ? Poser la question, c'est y répondre.

Le libertarisme de Maxime Bernier est une idéologie désincarnée, qui se pose comme le «gros bon sens» de la liberté individuelle face à «l'État puissant et méchant», mais cette idéologie ne tient pas la route lorsqu'il s'agit de la mettre en oeuvre. Traiter tous les individus symétriquement dans une situation asymétrique comme celle du Québec en Amérique du Nord signifierait la mort lente mais certaine du fait français sur ce continent.

Mais Maxime Bernier n'a que faire de la réalité et des mathématiques, il préfère bâtir sa notoriété en jouant un rôle fort populaire au Canada : celui du «Canadien-français de service» qui mettra le Québec à sa place ! Après tout, Jean Chrétien (et dans une moindre mesure Pierre Elliott Trudeau avant lui) ont joué cette partition (mauvais jeu de mot) avec succès.

La personnalité de Maxime Bernier devient donc fort populaire dans le ROC (rest of Canada), et cette popularité se construit sur des préjugés persistants : le Québec est une société «illibérale», presqu'incapable d'adopter les grands principes de la liberté individuelle et de la démocratie, si ce n'est grâce à la Charte et au Canada anglais, qui deviennent alors les remparts contre notre dérive totalitaire.

(Il y a un vieux fond de la pensée de Lord Durham qui ressurgit derrière ce discours et les applaudissements qu'il génère dans le ROC : en abolissant nos lois linguistiques, le Québec respecterait davantage les grands principes du libéralisme... Durham qui en 1840 proposait l'assimilation des Canadiens-français ne pensait pas autrement, il considérait que l'anglicisation du Québec servait des ambitions «civilisatrices», donc que l'anglais nous sortirait d'une certaine barbarie pour nous faire entrer dans le libéralisme...)

170 ans plus tard, Maxime Bernier, avec toute l'épaisseur (autre jeu de mot) de sa pensée, en rajoute et devient un nouveau pion au service de l'Empire...

vendredi 4 février 2011

All Québec in Toronto.

La gallerie Thompson-Landry n'affiche que des artistes québécois, en plein centre-ville de Toronto, principale vitrine de l'art au Canada anglais. Yoakim Bélanger y est exposé à partir de jeudi soir, le 10 février.

Voir un aperçu ICI.

jeudi 3 février 2011

L'orientalisme ou le mystère des femmes musulmanes.

Le Musée des Beaux Arts de Montréal (MBAM) vient d'acquérir une toile du peintre orientaliste Joseph-Jean Benjamin-Constant. L'orientalisme est un thème important de la littérature comme des arts visuels, particulièrement au XIXe siècle.

Eugène Delacroix incarne bien l'orientalisme en peinture. Benjamin-Constant (pas le penseur, mais l'artiste) en est un admirateur... Ses voyages au Maroc lui font peindre selon un certain exotisme oriental... Le regard européen sur l'Autre transparaît dans les thèmes généralement abordés :

Moments historiques forts (Mohamed II entrant à Constantinople - 1876, ci-contre)

ou mystères de la sensualité féminine (nombreuses toiles évoquant les Harems, l'endroit où les femmes de l'entourage du Sultan sont regroupées), ainsi que les Hamams, les «bains turcs» réservés aux femmes...

Les Hamams et thermes dans les pays musulmans sont des espaces de liberté extraordinaires pour les femmes. Le mystère demeure pour l'homme en ce qui concerne l'atmosphère réelle de ces lieux. Du côté des hommes, il y a une entraide et une proximité surprenante, qui n'existe pas en occident entre les hommes... Chez nous, où l'homosexualité semble s'extirper des grands tabous, la proximité entre les hommes demeure «suspecte», on ne veut pas apparaître comme un gay... Au Maroc, là où l'homosexualité est encore bafouée et perçue comme une maladie «morbide» (on s'est même fait dire qu'elle n'existait pas «en Islam»...), les hommes s'embrassent dans la rue, marchent en se tenant la main ou se lavent mutuellement et se massent dans les hamams et les thermes. Il faut aller au moins une fois dans sa vie aux thermes de Moulay Yacoub ou dans un hamam traditionnel (et pas cher !) ailleurs pour comprendre un peu le sens de mon propos. Mais le paradoxe que je viens d'évoquer à propos des hommes existe-t-il du côté des femmes ? Celles-ci étant plus effacées dans la sphère publique (allant jusqu'à se couvrir), prennent-elles leur «revanche» dans ces espaces de liberté que sont les thermes et les hamams ?

Quoiqu'il en soit, les peintres orientalistes ont accentué cette réflexion sur le mystère des femmes musulmanes. Mystère encore à ce jour persistant.

J-A Dominique Ingres - Le bain turc - 1862.

mercredi 2 février 2011

Dans l'attente du changement de régime...


Voici une photo de Patrick Baz, photographe de l'AFP, prise au Caire. Dans l'attente du changement de régime, cette photo est une véritable oeuvre d'art...

mardi 1 février 2011

Extraits publiés...

Le journal Maghreb-Canada a décidé de publier deux de mes derniers papiers sur la situation au Maroc par rapport aux révolutions arabes en cours...
VOIR LE RÉSULTAT ICI.

lundi 31 janvier 2011

L'usure des régimes arabes.

Je faisais lire à mes étudiants la session dernière un chapitre du livre de Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté, intitulé «L'usure des régimes arabes».

Je ne veux pas me présenter comme plus perspicace que je le suis réellement, mais il me semble en effet que cette lecture était bien choisie : Corm y brosse un portrait dévastateur en ce qui concerne l'échec des élites en place à répondre aux besoins et aspirations de leurs propres sociétés. Il élabore sur les principales caractéristiques de ces régimes : autoritarisme et omniprésence de l'armée; bénéfices et rentes des marchés d'États au profit de l'élite politico-militaire; ouverture politique limitée combinée à un analphabétisme criant et à une absence quasi-totale de répartition de la richesse.

L'étincelle tunisienne aura suffit à embraser toute une région. Il faut maintenant observer vers quoi les «révolutions» en marche mèneront, mais jusqu'ici, tous les espoirs sont permis.

dimanche 30 janvier 2011

vendredi 28 janvier 2011

Maroc 2011 : photos (1)

Voici LE LIEN pour voir le 1er rouleau de mes photos du Maroc - 2011.

Retour en arrière...

Voici ce que je proposais comme réflexion à propos du régime de Mohammed VI l'an dernier à pareille date :
CLIQUEZ ICI.
Ça demeure pertinent à mon avis. À combiner avec mes derniers écrits, où l'impression d'un rôle positif joué par le Roi du Maroc est davantage soulignée.

Mohammed El-Baradeï : l'espoir.


L'ex-directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique et Prix Nobel de la paix 2005, Mohammed El-Baradeï, rentre en Égypte pour appuyer le mouvement de contestation du régime d'Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981. Voilà une personnalité crédible, peut-être capable de faire concurrence aux Frères Musulmans, la principale force d'opposition en Égypte.

Suggérons-lui d'intégrer la frange la plus modérée de l'islam politique au sein de sa coalition (peut-être devrait-il regarder l'expérience marocaine...), sans quoi il ne favorisera que la victoire des islamistes. Le régime Moubarak vient de faire un «shut down» du réseau internet sur le pays... Tiendra-t-il ?

mercredi 26 janvier 2011

À propos de la dictature marocaine.

Patrick Lagacé parle de la dictature marocaine ce matin dans La Presse. Il a raison, le régime marocain est encore un régime autoritaire. Mais il a tort lorsqu'il assimile ce régime aux autres dictatures de la région. D'abord parce que le Maroc est en réel processus de libéralisation. Pas une réelle démocratisation, mais une libéralisation.

Depuis la fin du régime de Hassan II, le père de l'actuel Roi Mohammed VI, le régime a procédé à une reconnaissance de ses propres dérives en créant la Commission Vérité et Réconciliation. C'est une expérience unique de réhabilitation des anciens dissidents, un processus de réparation des crimes commis à l'intérieur d'un même régime. (L'expérience sud-africaine est différente puisqu'elle a été mise en place lors d'un changement de régime...).

Le Maroc a donc procédé à une autocritique et celle-ci se poursuit. Bien sûr, les réflexes autoritaires du régime demeurent : emprisonnements et poursuites dissuasives contre des médias accusés de porter atteinte à la personne du Roi ou à l'unité du pays, impunité relative des autorités qui commettent des abus de pouvoir, etc. Mais il reste que la diversité de la presse existe, que des médias comme Maroc Hebdo, Nichane (et Tel Quel) en plus de tous les journaux affiliés aux nombreux partis politiques (plus de 30 !) continuent de repousser les frontières de l'autoritarisme et les tabous qui existent encore...

Donc, au-delà de l'autoritarisme du régime qui persiste mais qui se desserre, ce qui guette le Maroc et menace encore plus son processus de démocratisation, c'est une forme d'auto-censure intégrée de la part de la population et de ses élites, auto-censure qui s'explique sans doute par l'expérience historique d'un régime de fer (on a parlé des années de plomb pour décrire la dictature de Hassan II) et la persistance d'une culture politique de déférence à l'égard de l'Autorité de Sa Majesté le Roi (figure religieuse et politique).

La devise du Maroc est : «Dieu, la patrie, le Roi». Ces trois sujets sont tabous au pays, ils ne peuvent être abordés qu'avec des pincettes. Mais ces tabous sont de plus en plus repoussés par divers acteurs politiques, médiatiques et sociaux. On discute même dans certains milieux (surtout à gauche), de la nécessité de distinguer davantage la fonction religieuse du Roi de sa fonction politique. Le Parti du Progrès et du socialisme (PPS), qui participe au gouvernement en détenant plusieurs ministères, propose à cet effet une réforme constitutionnelle qui diminuerait les prérogatives du Roi au profit du Parlement et du gouvernement...


Et pour avoir rencontré la Ministre de la famille et de la solidarité sociale, Nouzha Skalli, je peux vous dire qu'une femme d'une si grande qualité ne ferait pas partie d'un gouvernement si celui-ci n'était que despotique et fermé aux aspirations de sa population. Mme Skalli, ex-militante communiste et féministe de la première heure, demeure convaincue du rôle positif que joue le Roi pour son pays actuellement. Bien sûr, elle trouve que les choses ne vont pas assez vite, que des compromis parfois frustrants doivent être faits avec les autres courants politiques présents au pays, mais elle préfère agir de l'intérieur et croit que son action fait réellement la différence.

Après l'avoir rencontré lors de mes deux derniers voyages au Maroc, j'en suis aussi convaincu.

mardi 25 janvier 2011

Le Maroc comme rempart contre l'islamisme.

J'ai parlé précédemment et à plusieurs reprises de la montée de l'islamisme dans le monde arabo-musulman, observable particulièrement depuis les années 1970, suite au déclin du nationalisme arabe si prestigieusement incarné par la figure historique de Gamal Abdel Nasser, cet «officier libre» qui a renversé la Monarchie égyptienne en 1952 pour instaurer une République, nationaliser la zone de Suez, électrifier les campagnes et émanciper «la nation arabe» du colonialisme européen et de la «fracture» (géographique et civilisationnelle) constituée par la création de l'État d'Israël.

Nasser

L'islamisme aurait donc construit son expansion sur le déclin du nationalisme arabe et sur l'échec de ses promesses. (La révolution du jasmin qui vient de se produire en Tunisie ne serait que le prolongement du déclin du nationalisme «républicain» évoqué ici).

Mais il serait fautif de faire émerger l'idéologie islamiste sur le seul déclin du nationalisme. Le mouvement fondateur de cette recherche de renouveau au sein de l'Islam est les Frères musulmans. Ce mouvement a été fondé par Hassan Al-Bana en 1928 au Caire en Egypte. Il demeure à ce jour l'un des mouvements les plus puissants dans le monde arabe et il a inspiré le fonctionnement du Hamas en Palestine, du Hezbollah au Liban et de toutes une série de mouvements sociaux et partis politiques, comme d'écoles théologiques, certaines modérées, d'autres radicales et favorisant un Jihad violent contre ceux qu'ils qualifient d'ennemis de l'Islam.

Il importe donc de distinguer :

1- les courants modérés de l'islamisme qui cherchent, comme plusieurs courants fondamentalistes chrétiens, à introduire leur conception religieuse dans la vie commune tout en entretenant un dialogue avec les autres règles et normes, celles de la culture des Droits de l'Homme par exemple, souvent en acceptant même la prépondérance des lois civiles sur les religieuses. On retrouve aux USA plusieurs groupes chrétiens évangélistes qui ont investi le champ social depuis longtemps, palliant aux insuffisances des services publics. Les Frères musulmans ont fait de même en Égypte, répandre leur conception de l'Islam tout en ayant une fonction sociale : construire des écoles, contribuer à organiser la société civile en favorisant la création de syndicats, etc.

2- les courants radicaux de l'islamisme qui cherchent à lutter contre l'Occident qui répand ses valeurs destructrices et contre les élites locales qui se sont éloignées de leur conception réinterprétée du Coran. (Il faut lire Gilles Kepel et Olivier Roy, deux islamologues français pour connaître quelques assises sur lesquelles je me fonde ici. Et pour saisir la complexité et la diversité de l'Islam, lire Islam et laïcité de Abdou Filali Ansary, Le Fennec, Casablanca, 2010)

Ce qui inquiète en ce moment dans la montée de l'islamisme, c'est que le courant radical (le 2) semble devenir la principale force d'opposition dans plusieurs pays : Arabie saoudite, Syrie, Irak, Jordanie, Égypte, Libye, Tunisie (?), Algérie... Tous ces pays ont vu croître en leur sein un islamisme salafiste qui cherche à perpétuer l'infériorité des femmes, repousser l'influence occidentale avec mépris et violence, et généralement renverser le pouvoir en place pour instaurer un Califat politico-religieux au service de l'Oumma, la Communauté des croyants. Cette conception radicale de l'Islam met la priorité sur le principe d'obéissance (la Ta'a) par rapport au principe de consultation (la Shura), tous deux pourtant essentiels et non-priorisés dans le Coran en ce qui concerne les règles de la vie en communauté.

L'islamisme radical que l'on vient de décrire risque dangereusement de prendre le pouvoir en Arabie saoudite, au Yémen, en Syrie, en Irak, en Égypte, en Algérie et en Tunisie... La raison réside dans les sentiments de colère des populations de ces pays face à l'indigence morale, la corruption, l'autoritarisme et la gabegie des autorités en place. Les mouvances islamistes ont su récupérer cette colère en investissant le champs social, puis politique. Le Hamas en Palestine s'est construit comme cela. Le Hezbollah au Liban, bien que chiite et financé par l'Iran, a construit sa légitimité de la même manière, en prenant en charge les populations paupérisées et délaissées du Sud-Liban et de West-Beyrouth... Quel pays du Maghreb ou du Machreck sera la prochaine victime ?

J'ai au moins l'impression que ce ne peut être le Maroc. Pour plusieurs raisons, entre autres parce que l'Islam marocain est sans doute l'Islam qui a les racines de tolérance et de dialogue inter-civilisationnel les plus profondes et les plus solides. C'est l'Islam de Cordoue, d'où les Juifs et les Musulmans ont été chassés lors de la Reconquista en 1492... C'est l'Islam des populations berbérophones, qui ont toujours été enclines à séparer les règles politiques et religieuses. C'est aussi une Monarchie dirigée par un Commandeur des Croyants propre au Maroc, ce qui permet au pays de mieux lutter contre les ambitions hégémoniques de l'Égypte ou de l'Arabie saoudite, deux puissances culturelles dans le monde arabo-musulman et qui ont directement contribué à l'expansion de l'islamisme comme idéologie.

Voilà donc l'ironie : le Maroc, un pays où les pouvoirs religieux et politiques sont incarnés par la même personne, réussit mieux à lutter contre l'islamisme radical que ces «républiques» arabes qui ne cessent de faire des compromis avec les mouvances radicales en réislamisant leurs systèmes politiques...

Une autre raison qui peut expliquer pourquoi le Maroc peut devenir un étendard (ou même un rempart) contre l'islamisme radical réside dans la stratégie mise en place par le régime. Les partis islamistes (le Parti Justice et développement - PJD - est la 2e force politique en importance au Parlement et il est affilié à des journaux et des mouvements sociaux...) sont aurtorisés s'ils acceptent de débattre sous l'autorité du Roi... Ils ont finit par exemple par accepter le nouveau code de la famille (la Moudawana) adopté en 2004 qui octroyait beaucoup plus de droits à la femme...

Les mouvements islamistes marocains qui réclament le renversement de la Monarchie, qui menacent l'ordre et la sécurité sont fortement réprimés. Les autres pays arabes ont tous cherchés à bénéficier de l'appui des USA en réprimant fortement tous les courants islamistes. Le Maroc a plutôt décidé d'intégrer ses mouvances les plus modérées et de briser les mouvances radicales. Pour ce faire, le Roi Mohammed VI a fondé l'Arrabeta Mohammedia des Oulémas qui a pour fonction de former les Imams dans les différentes Mosquées du pays, limitant ainsi la prolifération des imams radicaux (sous influence saoudienne ou autres...). L'Arrabeta des Oulémas développe également un discours sur la lutte aux ITS, particulièrement le Sida. Elle est même sur ce point plus avancée que l'Église catholique, n'hésitant pas à faire la promotion et la distribution de condoms en partenariat avec des organisations de la société civile...

Voilà donc quelques raisons qui expliquent pourquoi le Maroc est peu enclin à subir les contrecoups de la révolution tunisienne ou pire, à voir émerger sur son sol un islamisme radical qui remplacerait le régime en place. Alors qu'ailleurs, c'est une autre histoire...

lundi 24 janvier 2011

Le retour d'un Président.

La tragédie de Tucson où un tireur fou a tiré sur une représentante démocrate et tué plusieurs citoyens qui assistaient à une assemblée publique (du type Town hall meetings) dans un centre commercial a permis au Président Obama de livrer un de ses meilleurs discours depuis le début de sa présidence.

À 23:55 du vidéo ci-bas, Obama évoque les victimes et le fait qu'une tragédie comme celle-ci devrait servir à unifier le pays et non à le diviser. Puis, il semble diriger à mots couverts une critique à l'égard du mouvement Tea Party et de ses relais médiatiques qui ont créé une atmosphère dangereuse en identifiant comme anti-américains ceux qui ne sont pas en accord avec leur credo ultra-conservateur. Il en appelle alors à un retour du civisme dans le discours public et au fait que le pays se doit d'être à la hauteur des aspirations de ses enfants. On reconnaît dans ce discours ce qui a fait la figure d'Obama : un homme réfléchi, en phase avec ce qu'il y a de meilleur dans les valeurs américaines de délibération collective et de self-government...

Le tribun est de retour !

dimanche 23 janvier 2011

La secousse tunisienne face à la stabilité marocaine.

Je reviens tout juste du Maroc où j'ai pu encore une fois constaté que le leadership du Roi Mohammed VI est fort apprécié, du moins pour le moment. C'est pendant mon séjour là-bas que la «révolution» tunisienne a réussi à renverser le Président Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans.

Il y avait quelque chose de fort intéressant à discuter de cet événement avec le citoyen marocain. D'abord pcq les Marocains ont longtemps considéré que les Tunisiens étaient les «faiblards» du monde arabe; incapables qu'ils étaient selon eux de se mobiliser collectivement et d'être à la hauteur de leurs discours... Or, voilà que c'est en Tunisie que les secousses politico-sismiques les plus fortes depuis fort longtemps dans la région ont commencé. Et ce sont toutes les Républiques arabes de la région, particulièrement l'Algérie et l'Égypte qui risquent de subir les contrecoups d'une telle révolte populaire... Ensuite pcq la plupart des commerçants avec lesquels j'ai jasé de la situation disaient qu'une telle révolte n'était pas envisageable au Maroc actuellement. La Monarchie marocaine semble fort appréciée puisque le Roi est perçu comme un acteur positif, principal responsable des changements sociaux et politiques des 10 dernières années.

Pourtant, les problèmes endémiques du monde arabe se retrouvent aussi au Maroc : omniprésence de la police et de l'armée, corruption et inégalités sociales criantes, marché de l'emploi obstrué même pour les jeunes diplômés, etc. Mais ce qui s'est passé en Tunisie et qui risque de se répercuter ailleurs dans la région, c'est que les promesses «républicaines» (Algérie, Égypte, Libye, Tunisie sont des républiques alors que le Maroc est une Monarchie où le Roi demeure la principale figure politique et religieuse) d'une croissance qui profitera à tous et de régimes qui servent de remparts à l'obscurantisme islamiste se sont avérées mensongères et ont plutôt donné place à des régimes autoritaires et bloqués sur les plans politiques, sans réussir à freiner la montée du fondamentalisme religieux...

Encore une fois, sans idéaliser le règne de Mohammed VI, on peut croire que de tels chamboulements inaugurés par la société civile en Tunisie, donc par le bas, n'atteindront pas le Maroc. En effet, au Maroc, c'est «par le haut», à l'initiative même du Roi que les libertés politiques sont en ascension et que les conditions de vie pour le plus grand nombre commencent à se bonifier: l'accès à l'électricité et à l'eau s'améliorent grandement, la lutte à l'analphabétisme fait des pas de géants, la situation de la femme et des populations berbérophones (Amazigh) sont aussi en constante progression... Bref, le Roi du Maroc est perçu comme un acteur de changement social alors que les Présidents des Républiques arabes sus-mentionnées sont perçus comme des freins aux aspirations de leur propre société civile.

Nous reviendrons sous peu sur la question de la montée de l'islamisme dans le monde arabe, cette idéologie radicale qui se présente trop souvent comme la principale alternative à l'autoritarisme et à la corruption qui sévissent dans l'ensemble de la région. Car là encore, l'expérience marocaine des dernières années pourrait servir d'exemple et de rempart efficace contre le retour en arrière que proposent les différents courants islamistes salafistes (le salafisme évoque un «retour aux anciens», voire aux origines de l'Islam, considéré comme dévié par la pression occidentale et la sédition des élites locales).

D'ici là, je reprends contact avec les miens.