vendredi 13 janvier 2012

Après l'indignation.

Comme je l'avais envisagé, les divers mouvements des «indignés» qui occupaient plusieurs places publiques des grandes villes d'Occident se sont essoufflés. L'absence de revendications claires et précises, le froid de l'hiver, la lassitude et la folie de la consommation des fêtes auront eu raison de ce mouvement qui a pourtant encore de bonnes raisons d'exister et de crier son indignation face à des systèmes économique et politique qui se rient de la grande majorité.

Le slogan des indignés de Wall street: «Nous sommes les 99%» tient toujours. Les grands patrons des banques et des multinationales continuent de se considérer comme irremplaçables et réussissent à convaincre leurs actionnaires et comités de rémunérations qu'ils méritent des revenus astronomiques, frôlant un ratio de 200 fois le salaire du travailleur moyen. Le projet inégalitaire se poursuit, malgré la grogne populaire et la précarisation d'une proportion toujours plus grande de la population. Ces grands patrons ont réussit à imposer une logique de rémunération qui les tire toujours vers le haut: leur entreprise est en difficulté, met des travailleurs à pied et perd de sa valeur boursière? Il est d'autant plus important que le salaire du PDG soit élevé dans ce contexte de difficile redressement... L'entreprise voit sa valeur boursière et ses profits augmenter (sans nécessairement créer plus d'emplois), il faut donc récompenser le patron qui est responsable de tant de succès... Dans cette logique, il n'y a pas de limite à l'accumulation de la richesse. Et les inégalités continuent de croître.

Tout ce qui est à l'origine de la colère du mouvement des indignés perdure: inégalités croissantes, pressions des marchés financiers sur les États pour qu'ils adoptent des politiques d'austérité budgétaire alors que ces mêmes institutions ont été sauvées de la faillite en 2008 par des États aujourd'hui sous pression... Et une classe politique impuissante ou complice de cette avarice destructrice de la société.

En Grèce, en Italie et en Espagne, suite aux pressions des marchés financiers, ce sont d'ex-cadres des grandes banques qui sont aujourd'hui à la tête des gouvernements. Chez nous, on vient d'apprendre que Nathalie Normandeau, ex-ministre des ressources naturelles, vient de se joindre à Raymond-Chabot-Grant-Thornton pour faciliter l'accès à des contrats du Plan Nord pour ses nouveaux clients... Ce jeu d'ascenseur entre le privé et les pouvoirs publics participe au cynisme ambiant et démontre une fois de plus que les politiciens honnêtes et bien intentionnés se font rares de nos jours. Aux USA, c'est Mitt Romney, l'ancien patron de Bain Capital qui est devenu ultra-riche en mettant des centaines de travailleurs à pied qui est en train de devenir - non sans quelques résistances de la part de la droite religieuse et sociale - le candidat à la présidence pour les républicains...

On voit donc que «les indignes» sont de moins en moins gênés de leur cupidité et de leur absence d'éthique devant nous qui sommes indignés...

Donc, après l'indignation, quoi faire? Il nous faut au premier chef, sans abandonner la rue, réapprendre à voter. Les taux de participation aux élections sont en chute libre partout en occident, surtout chez les jeunes.

L'écart grandissant des inégalités, la montée d'une droite dure et décomplexée au Canada et ailleurs s'expliquent en grande partie par une démobilisation d'une portion plus qu'importante de l'électorat.

À ce sujet, les paroles du groupe français Tryo demeurent pertinentes: «les extrêmes, c'est toi, quand tu ne votais pas!»

3 commentaires:

  1. Au début des années 80, un ami, pdg, avait un revenu annuel de 140,000$,
    L'entreprise, listée à la bourse , avait un chiffre d'affaires de 150 millions$. Avec un ratio de 200, le salaire moyen aurait dû être 700$/an !!!
    Disons que le salaire moyen était alors de 10,000$ . Le revenu annuel de mon voisin aurait été de 2 millions$ et ,,il n'aurait pu été mon voisin.
    yg

    RépondreSupprimer