mercredi 9 juin 2010

Liban : les ennemis d'Israël accusés de tuer la culture.

L'éditorial du journal L'Orient - Le jour réagit fortement et intelligemment à une controverse entourant le spectacle du groupe Placebo au Liban. Le groupe est accusé d'être «pro-israélien» puisqu'il a effectué une tournée en Israël précédemment. Gad Elmaleh a subi un sort similaire en 2009 et a finit par annuler son concert au pays du cèdre.

Extraits :
«Il semble que la liberté d'interdire soit devenue le seul moyen pour quelques complexés de prouver qu'ils existent. Soit. C'est à se demander parfois s'il sert encore à quelque chose de rationaliser, d'échafauder des argumentations logiques, avec plusieurs exemples à l'appui, pour prouver l'insondable stupidité de ces "boycotteurs d'Israël" qui n'ont rien trouvé de mieux qu'un groupe de rock, Placebo, comme bouc émissaire. Si Israël commet ses crimes en toute impunité internationale, il faut bien que quelqu'un paie la facture à l'arrivée, non ? (...)

Pour sublimer son impuissance face à la criminalité d'Israël... "Je hais, donc j'existe" est depuis longtemps devenu l'alpha et l'oméga d'un simulacre de pensée, voire d'une non-pensée, qui tente de se travestir derrière un florilège d'accusations stupides, de slogans imbéciles, de diabolisations mesquines - et ce pour donner l'illusion qu'elle est une pensée. (...)

Dans ce sens, il convient de féliciter les auteurs de la campagne contre Placebo et, avant cela, contre Gad Elmaleh : ils ont bien réussi leur coup. Non seulement leur haine leur confère une existence médiatique et politique, mais, de plus, leur pire ennemi, Israël, leur doit une fière chandelle. Pourquoi ? Parce qu'ils contribuent à faire du Liban exactement ce que la politique israélienne souhaite qu'il soit : un pays replié sur lui-même, cloîtré, en marge de la scène politique, économique et culturelle internationale, un pays boudé et déserté par les touristes, un pays en état d'urgence et d'instabilité permanente, où la moindre manifestation culturelle revêt immanquablement un caractère polémique politique, un no man's land culturel, un pays sans âme. En bref, une sorte de Gaza II.
»

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